| Nous tenons à remercier le
Dr Samuel Reiser d’avoir gracieusement autorisé
cette traduction de sa conférence sur la
Technique Alexander et de permettre ainsi au public
francophone de pouvoir le lire. |
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La Technique Alexander, Réduction du Stress
et Fonctionnement Psychophysique Optimal
par le Dr Samuel S.
Reiser, D.D.S.
Professeur qualifié de la Technique Alexander,
New York, USA
Sixième Congrès International
de Montreux sur le Stress
Biotonus Clinique Bon Port Grand Hotel Excelsior Switzerland
20 au 24 février 1994
La Technique Alexander est un exemple convaincant
de ce que Sherrington(1)
a nommé «l’action intégrative
du système nerveux.» La perte de cette
intégration finit par aboutir à la maladie.
Cela peut se produire avec la perte de la capacité
à trouver l’équilibre entre l’effet
du champ gravitationnel et la réaction à
celui-ci du système musculaire antigravifique
du corps humain. La réduction des effets de certaines
contraintes, telle que la douleur, a lieu lorsque certains
mécanismes spécifiques propres à
tous les vertébrés stimulent et entretiennent
l’allongement et l’élargissement
des muscles volontaires du corps pour s’opposer
à la force de compression de la gravité.
Chez l’animal, ils sont activés par le
biais de réflexes inconscients. Chez l’être
humain, cependant, ces réflexes peuvent perdre
de leur efficacité et conduire à une compression
et à une diminution de la stature –préparant
probablement le terrain aux futurs maux de dos, problèmes
discaux, sciatiques, etc. Dans ces cas-là, la
Technique Alexander aide à réactiver ces
réflexes qui contrecarrent la pression de la
gravité pour réorienter correctement le
corps dans l’espace. Les mécanismes atténuant
des phénomènes tels que ceux que je viens
de citer furent étudiés en 1925 par Magnus(2)
en travaillant sur des vertébrés. Il leur
donna le nom générique de «contrôle
central.» Un peu plus tôt, en 1918, Alexander(3)
avait travaillé séparément sur
lui-même pour découvrir les mêmes
mécanismes qu’il appela «le contrôle
primaire de l’usage de soi.» Ce texte analysera
dans le détail le fonctionnement de ce contôle
central ou primaire et de son rôle potentiel dans
les domaines de l’éducation et de la médecine
préventive.
Réferences
- Sherrington, C.S., The
integrative Action of the Nervous System.
New Haven: Yale University Press, 1906.
- Magnus, R., Animal
Posture, Proceedings of the Royal Society
of London, 1925, 98 (ser. B) 339-359.
- Alexander, F.M., Man’s
Supreme Inheritance, 1918. Center Line Press,
2005 Palo Verde Avenue, Long Beach, CA 90815
PREFACE
Le biologiste de renom, D’Arcy W. Thompson,
déplorait les effets de notre destin liés
au vieillissement de la manière suivante :
«La lente diminution de
la stature chez l’homme est un signe de l’inégalité
du combat entre les pouvoirs de notre corps et la force
constante de la gravité qui nous pousse vers
le bas à peine commençons-nous à
bien nous sentir debout. Nous luttons contre elle tous
les jours, à chaque moment qui passe, à
chaque mouvement de nos membres, à chaque battement
de notre cœur –c’est la force indomptable
qui a finalement raison de nous, qui nous couche sur
notre lit de mort et qui nous descend dans notre tombe.»(1)
Cette conférence a pour but d’attirer l’attention
de la communauté scientifique sur le travail
de F.M. Alexander, qui nous aide à
faire la paix avec la gravité, de sorte que nous
n’ayions pas à devenir les victimes des
tristes prédictions du Dr Thompson.
Notre évolution s’est faite de la quadrupédie,
aux relents de reptation, à la bipédie
érigée. Nous nour réjouissons de
voir un jour nos enfants enfin se dresser sur leurs
pieds, heureux de se mettre debout et de se mouvoir
dans l’espace dans un tel raffinement de coordination
et de précision. Comment cela se met-il en place?
Il doit exister un certain nombre de mécanismes
qui permettent à l’organisme humain de
neutraliser la force de la gravité. Ils sont
innés et ont été programmés
génétiquement au cours des millions d’années
d’évolution qu’a pris l’hominisation.
Sans eux, le développement ultérieur de
notre espèce n’aurait pas été
possible. Il est indéniable que le développement
coordonné de notre cerveau et de nos mains n’aurait
pas pu avoir lieu. Mais ne perdons-nous pas notre coordinatin
si aisément? Le soin et la précision exigés
pour l’exécution de l’acte le plus
simple nous met sous tellement de tension et de pression.
La manière de nous utiliser, la manière
de tenir nos outils avec les doigts, activés
par les muscles et les articulations du poignet, de
l’avant-bras, du coude, de l’humérus,
de la ceinture scapulaire et des muscles dorsaux déterminera
de l’efficacité de notre action. Si l’utilisation
de nous-mêmes laisse à désirer,
la tension musculaire entraînera de la fatigue,
de la douleur, la diminution de notre stature et, en
fin compte, l’arrêt total de la fonction.
Le terme «mal-aise» (en anglais «dis-ease»:
maladie) définit exactement l’ordre chronologique
que suit un tel usage. La Technique Alexander, entre
autres considérations, est une méthode
qui cherche à rétablir l’aisance
au cours de nos activités. C’est non seulement
un moyen pour repérer et diagnostiquer un mauvais
usage de soi, mais aussi une technique conduisant au
rétablissement des conditions associées
à un usage et un fonctionnement efficaces de
soi. Je voudrais également attirer l’attention
sur la nature véritablement holistique de la
Technique; car elle permet à chacun(e) d’activer
son énergie psychophysique propre pour rétablir
un bon usage de lui ou d’elle-même et de
découvrir pendant ce processus l’indissociable
fusion entre le psychique et le somatique présente
dans toute activité humaine.
La Technique Alexander est un processus pédagogique
qui implique la présence d’un professeur
et d’un élève. C’est passer
à côté de la question que de l’envisager
comme un thérapie physique ou psychologique.
Quel en est alors le critère d’évaluation?
Le fait que l’élève reconnaît
et utilise le contrôle primaire dans l’utilisation
de soi découvert par Alexander et vérifié
indépendamment par Sherrington(2),
Magnus(3)
et Coghill(4).
Redécouvrir et utiliser ce principe biologique
exige normalement l’aide d’un professeur
qualifié de la Technique Alexander. L’élève
apprend à améliorer l’usage de lui-même
et des fonctions qui en dépendent par l’application
du contrôle primaire de l’usage de soi,
décrit ci-dessous, plutôt que d’être
passivement soigné par des éléments
extérieurs tels que les médicaments, les
appareils orthopédiques, etc. De tels traitements
sont, dans le meilleur des cas, une solution palliative
ou de court terme.
LA DECOUVERTE FONDAMENTALE DE F.M. ALEXANDER
Aucun chercheur n’a vraiment étudié,
excepté de la manière la plus superficielle,
les habitudes de travail et les diverses utilisations
de soi qui ont une influence profonde sur notre santé.
De manière générale, il est évident
que la manière habituelle de s’utiliser
a une influence, en bien ou en mal, sur le fonctionnement
de l’organisme. Ce qui n’est pas évident,
cependant, c’est la correspondance précise
entre activité habituelle spécifique et
ses répercussions sur l’ensemble de l’organisme.
Pour être capable de voir cette correspondance,
cela implique l’existence d’un ensemble
de connaissances qui peuvent démontrer l’influence
de l’usage de soi sur le degré d’efficacité
de fonctionnement de l’organisme. C’était
la découverte fondamentale d’ Alexander.
Il connaissait le succès dans son métier
d’acteur jusqu’à ce qu’il commencât
à perdre la voix à cause d’une laryngite,
qui prit un caractère chronique. Son médecin
lui conseilla d’arrêter de parler tant que
sa gorge resterait enflammée. Mais dès
qu’il se remit à parler, l’inflammation
réapparut. On lui conseilla à nouveau
de reposer ses cordes vocales. Désespérant
de jamais pouvoir se guérir de cette manière,
il se mit à réféchir. Concluant
qu’il devait faire quelque chose qui interrrompait
le flot naturel de la parole –chose que parler
longtemps devait renforcer- il se mit à s’observer
dans un miroir, pour essayer de repérer ce que
cela pouvait être. Après des observations
qui durèrent plus de neuf ans, un tour de force
de patience et de recherche méticuleuse et scrupuleuse,
il fit des découvertes d’une importance
fondamentale pour la solution de son probème.
Il serait impossible dans le cadre de cet exposé
de présenter ces découvertes dans le détail.
Quoiqu’il en soit, les points caractéristiques
doivent en être mentionnés si nous voulons
comprendre correctement son travail.
Très tôt au cours de ses recherches,
Alexander découvrit qu’il n’y avait
pas de rapport réel et précis entre ce
qu’il faisait effectivement pour parler et ce
qu’il pensait qu’il faisait. Par exemple,
quand il se décidait à se mettre à
parler, et cela sans s’en rendre compte, il rejetait
la tête vers l’arrière, abaissait
son larynx, relevait la poitrine, et aspirait de l’air
par la bouche. Plus tard, il réalisa que ces
actions surajoutées interféraient avec
une bonne élocution. Au départ, sa sensibilité
était si peu développée que ces
mouvements gênants étaient à peine
conscients. Ce n’est que lorsqu’il se mit
à s’observer dans le miroir qu’il
vit à quel point il avait été trahi
par ses sens. Il avança dans ses observations
en réalisant que même avec l’aide
du miroir il était incapable de poursuivre jusqu’au
bout et d’une manière précise les
instructions qu’il se donnait. Au cours de ses
tentatives pour arriver à mieux se contrôler,
il put voir comment le contrôle devient possible
et peut se maintenir dans toutes les activités
psychophysiques.
Après des mois de discipline devant le miroir,
Alexander en déduisit que pour voir ses tentatites
de bien parler se couronner de succès trois conditions
devaient être réunies :
- Conscience
- Inhibition
- Direction
Conscience: L’individu crée
un champ d’attention élargi dans lequel
l’interaction entre le soi et l’environnement
est perçue comme un processus continu. C’est
l’établissement d’un champ d’attention
intégré dans lequel l’environnement
et le soi sont perçus simultanément.(5)
Inhibition: Qu’il soit clair
que ce mot n’est pas utilisé dans le sens
freudien. Pour Alexander, cela implique de se retenir
consciemment de répondre à tout stimulus
à agir. Cela signifie interrompre l’envoi
de messages nerveux dans les circuits contrôlant
les mécanismse réflexes provoquant les
réponses habituelles et automatiques aux stimuli.
Direction: Si les deux premières
conditions citées ci-dessus sont réunies,
il devient possible pour l’élève
de se donner de nouvelles instructions pour agir en
activant les réflexes toniques du cou comme préparation
à tout mouvement, comme marcher, parler, s’asseoir,
etc. Comment activer ces réflexes chez l’élève
relève de la compétence du professeur
en Alexander.
Appliquant ces trois procédures à son
problème d’enrouement chronique, Alexander
découvrit qu’il ne pouvait apprendre à
améliorer son élocution qu’en réfrénant
d’abord son désir de parler. En d’autres
termes, il fallait convenablement inhiber l’ensemble
des réactions psychophysiques complexes qui étaient
déclenchées par le besoin de parler et
se donner de nouvelles instructions inhabituelles. Cela
lui permit d’éliminer la traction de la
tête vers l’arrière et vers le bas
pour lui pemettre de se dégager vers l’avant
et vers le haut et s’articuler librement au sommet
de la colonne vertébrale. En continuant à
s’observer, il découvrit que s’il
permettait à sa tête d’être
dirigée vers l’avant et vers le haut pour
atteindre le point le plus élevé par rapport
à l’atlas, la première vertèbre
cervicale, et qu’en même tant il permettait
l’expansion du torse (allongement et élargissement),
les réflexes qui sont responsables de la posture
et du mouvement, tels que les réflexes toniques
du cou, étaient stimulés et augmentaient
l’efficacité de l’usage et du fonctionnement
de soi. Il leur donna le nom de «contrôle
primaire de l’usage de soi» et en déduisit
que c’était l’un des mécanismes
majeurs de l’intégration de l’unité
corps-esprit. S’il fonctionne librement, des activités
vitales comme la circulation, la respiration, la locomotion,
etc. peuvent tendre vers un fonctionnement optimal.
S’il est gêné, et selon le degré
de l’interférence, les activités
verront leur bon fonctionnement s’altérer.
Assez tôt dans sa recherche, Alexander réalisa
qu’il avait à faire aux effets de la gravité
sur le système musculaire. Par exemple, un manque
d’expansion naturelle (allongement et élargissement)
en réaction à la force de gravité
dans la région concernée par le fonctionnement
des cordes vocales, provoquera un mauvais fonctionnement,
créant douleur et maladie, dans son propre cas
une laryngite. De plus, il faut qu’ait lieu une
expansion (allongement et élargissement) de toute
la musculature du torse, et non pas seulement des muscles
du cou entourant le tractus vocal. En d’autres
termes, il y a unité d’action incluant
l’ensemble de la musculature de l’unité
corps-esprit. Alexander publia ses découvertes
dans les livres cités ci-dessous.(6)
LA BASE BIOLOGIQUE DE LA METHODE PEDAGOGIQUE
Magnus et son école ont démontré
que les vertébrés se maintiennent instinctivement
dans un état d’équilibre musculaire
permettant l’efficacité maximale dans tous
leurs mouvements(7). Il
a démontré que les réflexes de
l’ensemble tête-cou représentent
le mécanisme central qui oriente les vertébrés
dans leur environnement, en leur permettant de conserver
l’activité posturale nécessaire
à une activité donnée et en leur
permettant ensuite de retourner à une activité
posturale neutre. Parmi eux, un groupe de réflexes
majeurs facilitant le bon déroulement des opérations
sont les réflexes toniques du cou qui contrôlent
l’activité posturale chez tous les vertébrés.
Magnus a même affirmé qu’ «il
a été prouvé que le centre pour
le contrôle des réflexes posturaux s’étend
du premier segment cervical de la moelle épinière
jusqu’à la partie antérieure du
mésencéphale». Il a donné
à ce centre le mot allemand de «Korperstel-lungsapparat»
et le tonus des muscles antigravifiques en dépend.
La stimulation des réflexes qui sont associés
à ces derniers sont fort influencés par
la position de la tête et du cou par rapport au
reste du corps. C’est exactement le même
mécanisme qu’Alexander découvrit
en travaillant sur lui-même pour vaincre sa laryngite.
Il l’appela le contrôle primaire de l’usage
de soi des années avant que Magnus ne fasse la
même découverte en 1924. Les deux hommes
travaillèrent indépendamment et sans se
connaître.
Sherrington, en parlant du système
nerveux central, observa «que
c’est un organe de coordination dans lequel, par
l’association de multiples excitations, il en
résulte des activités ordonnées
, des réactions adaptées aux besoins des
organes, et que ces réactions sont organisées
en schémas séquentiels s’articulant
clairement les uns aux autres»(8)
Il démontra la coordination des réflexes
simples et complexes et leur relation au cortex moteur
du cerveau. Sherrington a reconnu la valeur de la méthode
pédagogique d’Alexander en ces termes:
«Mr Alexander a rendu
service au sujet en traitant systématiquement
chaque acte comme impliquant l’individu intégré
tout entier, l’homme psychophysique pris dans
sa globalité. Faire un pas n’implique pas
seulement un membre ou un autre, mias concerne l’activité
neuromusculaire totale du moment –la tête
et le cou n’étant pas les moindres.»(9)
En plus du travail de Sherrington et
de Magnus, un autre nom important devrait
être ajouté, celui de George E.
Coghill, lequel passa quarante ans à
étudier l’anatomie et la physiologie d’un
amphibien, l’amblystoma, et trouva que ce qu’il
découvrit dans ces organismes s’appliquait
également à l’homme.(10)
Il est clair par ce qui vient d’être dit
que le travail d’Alexander a été
confirmé par les recherches fondamentales menées
par des scientifiques font autorité en la matière.
Il est intéressant de noter que la découverte
de Magnus de ce qu’il appela
le «contrôle central» fut pressentie
par Alexander bien avant 1924, l’année
de la publication de «Korpestellung». Alexander
parla de «contrôle primaire» mais,
en fin de compte, les deux termes renvoient à
la même chose. La grande découverte d’Alexander
a été de montrer que le contrôle
primaire peut être activé en aidant l’élève
à devenir conscient de la composante proprioceptive
des différents mécanismes neuromusculaires
mis en œuvre quand il se tient debout, s’asseoit,
marche ou utilise ses doigts pour un travail délicat
et précis, comme dans le métier de dentiste.
L’importance de la proprioception ne peut être
négligée. Si les fuseaux neuromusculaires
dans les muscles, les articulations ou les tendons ne
peuvent envoyer leurs messages au système nerveux
central, ce qui peut arriver dans le cas d’une
polynévrite affectant les racines sensorielles
des nerfs spinaux et craniens, le patient perd la sensation
d’avoir ou d’être un corps. Le patient
s’effondre littéralement en un amas désincarné.(11)
Heureusement, c’est un cas très rare, ce
qui prouve la stabilité de ce mécanisme
pour la survie de l’espèce du point de
vue de son évolution.
QUELQUES CONSIDERATIONS IMPORTANTES AU SUJET DE LA
DIMENSION PEDAGOGIQUE DE LA TECHNIQUE
Arrivés à ce point nous pourrions nous
demander: Comment cela se fait-il que chez la plupart
des enfants arrivés en âge scolaire l’efficacité
de leur contrôle primaire de l’usage de
soi commence à diminuer, et dans certains cas
dans des proportions dramatiques ? Cela peut être
dû:
- A l’imitation inconsciente
du mauvais usage des parents, d’autres adultes
ou d’enfants de leur âge
- Aux meubles pour enfants mal
conçus, comme par exemple les lits qui ne supportent
pas la colonne vertébrale; les fauteuils trop
comfortables des voitures et les chaises qui encouragent
l’affaissement du dos, etc.
- Et aussi la régularité
intransigeante exigée concernant la «propreté»
des enfants, la discipline excessive en maternelle
et en primaire, ainsi que le manque de socialisation,
qui encourage la compétitivité aux dépens
de la coopération, peuvent créer pas
mal de stress dans la vie de l’enfant, avec
la détérioration psychophysique que
cela entraîne.
Au vu de ce qui vient d’être dit, il est
évident que le genre d’éducation
que les enfants reçoivent doit, au moins, ne
pas ébranler l’intégrité
de l’unité psychophysique innée.
C’est un héritage trop précieux
pour le gaspiller par de piètres méthodes
d’éducation associées à des
influences sociales néfastes, comme la pauvreté
et le crime.
L’éminent philosophe John Dewey
voyait en la Technique Alexander une méthode
pour traduire ses théories sur l’éducation
en une expérience pratique. Il remarqua tristement
dans la plupart des procédures éducatives
la présence de l’illusion présupposant
que la volonté et le désir de bien faire
est tout ce dont l’élève a besooin
pour réaliser quoi que ce soit.(12)
L’on suppose que, assez miraculeusement, celui
qui veut agir trouvera les moyens pour atteindre son
but. Le professeur Alexander fait prendre conscience
de cette illusion en démontrant concrètement
que les sens de l’élève n’enregistrent
pas correctement ce qui a réellement lieu dans
l’unité corps-esprit. Il n’est pas
rare qu’un ou une élève pense que
son corps est droit, alors qu’il est penché
; ou que les épaules sont détendues et
au même niveau, alors qu’elles sont tendues
et relevées différemment. Certains étudiants
sont tellement convaincus qu’ils savent ce qu’ils
font qu’il faut faire appel à l’image
que le miroir leur renvoir peut ébranler leurs
convictions. Pour arriver à réaliser ce
qui se passe en eux, ils doivent reconnaître et
surmonter les points suivants:
- Appréciation sensorielle
non fiable associée à un mauvaise coordination
ou à un mauvais usage de soi.
- Conception incorrecte des instructions
données par le professeur.
- Les réflexes de peur
anormalement activés qui interfèrent
avec la raison.
- Forte résistance à
exécuter une action d’une manière
inhabituelle.
Dès que les obstacles sus-cités n’interfèrent
plus, l’élève devient de plus en
plus capable d’inhiber ses réponses psychophysiques
et, en conséquence, de plus en plus capable d’activer
le mécanisme du contrôle primaire de l’usage
de soi pour établir un usage et un fonctionnement
coordonné optimal pendant le travail ou les loisirs,
confiant dans la certitude de promouvoir ainsi sa santé.
L’éducation conditionne très tôt
les élèves et instille en eux le désir
de bien faire, accompagné de son corollaire,
la peur de rater. Associé à une mauvaise
sensibilité sensorielle, c’est un schéma
qui peut potentiellement entraver les procédures
éducatives. Ici encore, le professeur Alexander
apaisera de telles peurs en n’exigeant rien de
l’élève tant qu’il ne contrôle
pas suffisamment ses mécanismes psychophysiques.
Tant que l’élève est sous l’emprise
de ses anciennes habitudes d’usage de soi, il
lui est impossible d’avoir une conception correcte
des instructions verbales, ou tactiles et muettes. Cela
est évident, dès qu’il est reconnu
qu’un traitement sensoriel défectueux et
l’anxiété de ne pas rater empêchent
l’élève de raisonner en utilisant
ce qu’Alexander a nommé les «moyens-par-lesquels»
pour arriver à un usage de soi efficace. Dans
la méthode d’Alexander, ces éléments
sont pris en considération et des instructions
purement verbales et les exhortations à «bien
faire» son évitées. Elles sont remplacées
par un travail tactile associé à des intructions
verbales. De cette façon, et en utilisant le
contrôle primaire de soi, l’élève
est encouragé à ne plus compter sur les
mécanismes insatisfaisants associés à
des conceptions incorrectes du passé pour se
rediriger de sorte à être en accord avec
le contrôle primaire de soi.
CONCLUSION
La Technique Alexander est une méthode éducative
pour détecter et éliminer des habitudes
qui peuvent conduire à la douleur et à
la maladie. J’insiste sur la nature intime, subtile
de la technique-même. L’exercice constant
et inlassable de la sensibilité que la technique
encourage peut mener à une compréhension
de la source de ses motivations. L’on apprend
aussi à évaluer un état mental
en le reliant aux tensions corporelles auxquelles il
est associé. De cette manière l’indivisible
unité corps/esprit est observé par l’élève
dans ses diverses activités. Que l’on soit
conscient d’un sensation de douleur évidente,
ou d’une sensation plus subtile, comme un changement
d’humeur, l’on devient de plus en plus capable
de la modifier, si on le désire. Donc, un état
dépressif, habituellement associé avec
un dos courbé, un regard fixe et des tensions
excessives dans tout le corps, peut être grandement
amélioré en inhibant ces conditions qui
lui sont associées. L’élève
devient de plus en plus apte à faire le rapport
entre certains états mentaux et ses tensions
corporelles spécifiques, et inversément,
entre des états mentaux et des tensions corporelles.
Lentement, mais sûrement, avec l’acquisition
du contrôle conscient, les sillons creusés
par les mauvaises habitudes sont délaissés
au profit d’ une sensation grandissante de liberté
et de spontanéité.
REFERENCES
- Thompson, D., On
Growth and Form, Cambridge University Press,
1942.
- Sherrington, C.S., The
Integrative Action of the Nervous System,
pp. 306-307, 313. Charles Scribner’s son, 1906.
- Magnus, R., Animal Posture,
Croonian Lecture, University of Utrecht, June 11,
1925.
- Coghill, G.E., Anatomy
and the Problem of Behavior, Cambridge University
Press, 1949.
- ones, F.P., Body Awareness
in Action, Shocken Books, New York, 1976,
pp.9,159.
- Alexander, F.M., Man’s
Supreme Inheritance (1918) and Constructive
Conscious Control (1928)
The books above have prefaces by Prof. John Dewey
and have been re-issued by Center Line Press, 2005
Avenue Palo Verde Avenue, Long Beach, CA 90815.
- Magnus, R. Korperstellung,
Berlin, Springer, 1924, pr. 544.
- Sherrington, C.S., Brain:
Encyclopedia Britannica, (Ed. 14, Vol. IV)
- “The Endeavor
of Jean Fernel”, London: Cambridge
University Press, 1946.
- Coghill, G.E., Appreciation:
The Educational Methods of F.M. Alexander,
The Universal Constant in Living, Dutton, N.Y., 1941,
pp. xxi-xxviii.
- Sacks, O., The Man Who
Mistook His Wife for a Hat, Perennial Library,
Harper & Row, 1987.pp.43-54.
- Dewey,J., Human
Nature and Conduct, New York: The Modern
Library, 1930. pp.27-30. The Philosophy of John Dewey,
Northwesten University, Evanston & Chicago, 1939,
pp.44-5.
N.B.: Pour des références en français
sur la Technique Alexander, voir la page Bibliographie
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