La Technique F. M. Alexander
Un entretien avec Pedro de Alcantara
édité et révisé par Catherine
de Chevilly
Qu'est-ce
que la Technique Alexander ?
Dans chaque situation où vous vous trouvez
- à l'ordinateur, en faisant vos courses, face
à un conflit - vous avez à tout moment
plusieurs choix de comportement et d'attitude. Vous
pouvez réagir en vous fâchant ou en vous
calmant, en vous avachissant ou en vous dynamisant,
en vous précipitant ou en vous mettant en phase
avec l'autre… Mais, pour être en mesure
de choisir, encore faut-il une certaine lucidité
de geste et de mouvement. La Technique Alexander n'est
que du "bon sens organisé" ; par
des méthodes pratiques et efficaces, elle vous
permet de développer cette lucidité
psychophysique, grâce à laquelle vous
pouvez mieux naviguer dans le quotidien.
D'où vient-elle ?
Lors de ses premiers pas professionnels, le comédien
australien Frederick Matthias Alexander (1869 - 1955)
fut handicapé par des troubles vocaux. En cherchant
à les résoudre, il commença à
observer que certaines de ses habitudes - dont une
mauvaise orientation de sa tête lorsqu'il déclamait
un texte dramatique - étaient à l'origine
de ses troubles. Au cours de cette phase d'observation,
Alexander perçut que son corps tout entier
était engagé dans son "faire"
- sur scène et ailleurs - et que son "faire"
était déterminé par son "vouloir
faire", vouloir accomplir tel ou tel effet vocal
ou artistique. En bref, ayant clairement ressenti
l'unité du corps et de l'esprit, il en conclut
que le premier pas pour bien faire était d'arrêter
de vouloir faire. Ses découvertes ont une signification
universelle, car tout le monde, en "voulant faire",
a tendance à trop faire, à faire trop
tôt, ou à faire de travers.
En 1904 Alexander s'installa à Londres, où
il enseigna sa technique à des hommes politiques,
des écrivains, des médecins… Il
écrivit quatre livres, dont un disponible en
français: L'usage de soi (Ed. Contredanse).
Il forma également de futurs professeurs de
sa "Technique Alexander". Aujourd'hui quelque
deux mille professeurs la pratiquent dans plus de
30 pays. (top)
A qui s'adresse-t-elle ?
Y a-t-il des contre-indications, des obstacles, voire
des échecs ?
La Technique s'adresse à toute personne cherchant
à résoudre un problème quel qu'il
soit. Grâce à la Technique, on peut mieux
maîtriser le stress, améliorer sa performance
scolaire, sportive ou artistique, gérer un
problème médical ou relationnel. Mais
elle peut être étudiée aussi par
les amateurs de découvertes kinesthésiques
et sensorielles - disons qu'il n'est pas nécessaire
d'avoir un problème avant de prendre des cours!
Par ailleurs, la Technique peut jouer un rôle
préventif, notamment en diminuant les dégâts
du vieillissement.
L'étude de la Technique ne se fait pas sans
difficultés. Ce "vouloir faire" qui
est à l'origine de nos problèmes fait
partie intégrante de notre identité
physique, intellectuelle et émotionnelle. On
ne peut pas arrêter de "vouloir faire"
sans se transformer profondément. Pourtant,
on rêve parfois d'une solution ponctuelle à
un problème qui, en réalité,
est le symptôme d'un état global, ancré
dans des habitudes tenaces. Or, la Technique ne prétend
pas apporter des solutions faciles à des problèmes
épineux - ni plus ni moins que n'importe quelle
autre approche, éducative, médicale
ou psychothérapeutique. (top)
Comment se déroule une séance ?
Pendant un cours le professeur incite l'élève
à réagir à une situation donnée
: s'asseoir, se lever, perdre son équilibre,
jouer d'un instrument s'il s'agit d'un élève
musicien… Guidé par les mains du professeur
ainsi que par ses observations verbales, l'élève
prend conscience de sa manière habituelle de
faire, avec tous ses tics et compensations. Et ce
qui est habituel n'est pas forcément naturel!
De façon ludique, en s'investissant dans des
expériences et sensations nouvelles, l'élève
acquiert les moyens kinesthésiques de réagir
d'une façon neuve à toute situation.
Selon Alexander, la relation dynamique entre la tête,
le cou et le dos détermine la coordination
globale de l'individu. (top)
Pourquoi la plupart des individus
ne possède pas ou plus ce "contrôle
primaire" ?
Etes-vous d'accord avec le terme de "rééducation"
?
Ce qu'Alexander appelle "le contrôle primaire"
est propre à tout vertébré, chez
les humains comme chez les animaux. Mais le "vouloir
faire" nous a éloigné du bon usage
de cet héritage biologique fondamental; par
une fausse direction de nos énergies et de
nos souhaits, nous avons perdu notre liberté
naturelle. Or, le retour à cet état
est impossible; nous devons développer une
conscience supérieure à celle de l'animal.
Cultivons donc notre intelligence psychomotrice (avec
l'aide de la Technique Alexander ou d'autres méthodes
également efficaces), jusqu'à ce que
nous ayons la maîtrise du bon réflexe!
Etant donne que le mot "rééducation"
a une connotation médicale en France, il n'est
pas approprié pour décrire la Technique
Alexander, dont le but (pédagogique plutôt
que thérapeutique) est l'aiguisement de la
conscience de soi et de l'intelligence psychomotrice.
(top)
Dans votre livre, vous dites
que la cause de
la mauvaise tension est l'absence de juste tension.
Mais comment acquérir la juste tension ?
Observez l'animal sauvage qui chasse sa proie. Une
force et une élasticité incroyables
émanent de lui: un tel animal n'est pas "détendu",
mais plutôt "correctement tendu".
Cette tension vitale est présente également
chez les enfants et chez des adultes exceptionnels
comme Fred Astaire ou Artur Rubinstein. Certains exercices
d'Alexander favorisent le développement de
cette juste tension : "le singe" et "la
position de l'escrime" demandent l'un et l'autre
la parfaite coordination du dos et des jambes, source
de puissance chez l'être humain.
(top)
Vous dites "L'inhibition
et la direction sont
deux facettes inséparables de la même
capacité humaine, elles sont les clés
de la Technique Alexander".
Pourriez-vous expliquer cette phrase ?
Alexander a utilisé le terme "inhibition"
pour nommer l'attitude qui consiste à "ne
rien faire", préalable à la bonne
évolution de toute situation. Et " la
direction " est notre capacité à
gérer nos propres forces physiques et psychiques.
Ensemble, l'inhibition et la direction nous donnent
une habileté sans prix: savoir faire, savoir
ne pas faire. (top)
L'idée de "non
faire" est
extrêmement intéressante.
Très enthousiaste, j'ai voulu essayer :
je n'ai rien fait, mais rien ne s'est passé
!
Pourquoi ?
Savoir "ne rien faire", c'est savoir ne
pas aller contre les exigences imposées par
la réalité. Le parent qui, impatient,
hurle à l'enfant qui pleure, ne fait qu'aggraver
la situation, alors que le parent qui "ne fait
rien" - qui se calme plutôt lui-même
- va soulager l'enfant plus aisément. Il en
est ainsi dans d'innombrables situations, où
se calmer, se concentrer, "ne rien faire"
serait un préalable pour dénouer une
situation. Néanmoins, "ne rien faire"
équivaut parfois à se cacher face à
la difficulté. (top)
Le corps et l'esprit formant
un tout,
l'inconscient et ses résistances parfois impénétrables
ne seraient-ils pas des obstacles à cette méthode
?
Le processus de changement variant d'une personne
à l'autre, chacun doit trouver le moyen - ou
l'ensemble de moyens - le plus adapté à
ses états d'âme, sa personnalité,
ses fantasmes… La pratique de la Technique mène
parfois à des transformations psychologiques
profondes, mais elle ne promet pas de satisfaire tous
les besoins de chacun, en particulier leurs besoins
psychothérapeutiques. (top)
La Technique Alexander repose
sur le toucher.
Comment aider les personnes qui n'aiment pas être
touchées ?
Le professeur touche l'élève pour transmettre
des informations kinesthésiques que la parole
seule n'arrive pas à faire passer. Touché
d'une certaine manière, l'élève
va dire, "Ah, oui… je sens! Maintenant
je comprends ce que vous voulez dire!" Le toucher
guide et rassure l'élève, et parfois
même, c'est ce "toucher ami" qui convaincra
l'élève réticent.
Il est difficile (mais non pas impossible) d'enseigner
la Technique sans toucher l'élève; l'apprentissage
se fait alors plus lentement. La Technique n'étant
pas la seule façon d'améliorer son intelligence
psychomotrice, un élève réticent
au toucher pourrait aussi explorer d'autres méthodes.
(top)
Peut-on apprendre seul ?
Souvent nous avons du mal à mesurer nos propres
gestes. Preuve en est la différence entre la
"lecture sensorielle" que vous faites habituellement
de votre corps et une photo prise lors d'une fête
entre amis. Objectivement, vous ne pouvez pas nier
la vérité d'une telle photo. Pourtant,
elle contredit votre sensation subjective. "C'est
pas moi, ça!" Ce décalage entre
ce que vous faites et ce que vous croyez faire est
un obstacle à l'apprentissage autodidacte de
la Technique, car à tout moment vous risquez
de vous tromper sur la lecture que vous faites de
vous-même. (top)
Combien de temps faut-il pour obtenir
des résultats ?
Apprendre la Technique Alexander, c'est comme apprendre
une langue étrangère. Rapidement, vous
saurez dire "bonjour" ou commander un repas…
Mais pour parler couramment, il faut un travail de
longue haleine. Envisagez un semestre de cours réguliers
pour travailler la base; la suite se fera à
votre rythme. Les résultats varient énormément
d'un élève à l'autre. Certains
baignent dans la conscience de soi, avec tous ses
délices sensoriels et psychiques. D'autres
vivent leur côté "animal" avec
un renouveau de vitalité. Quoi qu'il en soit,
ayant changé à l'intérieur, beaucoup
découvrent que leur rapport avec l'extérieur
- c'est à dire, avec les autres - a lui aussi
changé (top)
.
La Technique Alexander a-t-elle
évolué
depuis la mort de son fondateur ?
La Technique, comme toute chose vivante, ne cesse
d'évoluer. Certains professeurs sont animés
par la passion et la créativité, sans
pour autant manquer de rigueur. D'autres expriment
leur propre fantaisie à travers la Technique,
au risque d'en faire un produit dilué, voire
alambiqué, plus ou moins éloigné
de son origine. Mais, qu'il soit conservateur, innovateur,
ou révolutionnaire, il importe avant tout que
vous trouviez le professeur qui vous convienne. (top)
Comment choisir un professeur
?
Combien coûte une séance ?
Quelle est la durée des séances ?
La meilleure façon de choisir un professeur
consiste à prendre un ou deux cours avec deux
ou trois professeurs différents afin de décider,
à partir de sa propre expérience, quelle
approche serait préférable. En plus,
le courant de sympathie circulera mieux entre tel
professeur et tel élève. La durée
d'une séance varie de 30 à 90 minutes,
et son coût de 40 à 80 euros par heure.
(top)
L'Association Française des Professeurs de
la Technique F. M. Alexander (APTA) regroupe les professeurs
diplômés pratiquant en France.
APTA 42, terrasse de l'Iris
La Défense 2
92400 Courbevoie
Télephone et fax: 01 40 90 06 23
email: techhnique.alexander@wanadoo.fr
www.techniquealexander.info
Merci à Pedro de Alcantara
qui a permis la reproduction de cet entretien à
partir de son site:
www.pedrodealcantara.com/entretien
Coût et durée d'une séance en Technique Alexander à Bruxelles avec Athanase Vettas (cliquez ici)

