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par Meredith Page
Section 1 - Introduction générale
La Technique de Frederick Matthias Alexander
figure parmi les meilleurs ‘produits’ exportés
par l’Australie. C’est un nom maintenant
reconnu dans beaucoup de pays. Elle est intégrée
aux cours des grands conservatoires de musique et des
écoles d’art dramatiques dans le monde
entier et beaucoup de personnalités l’utilisent
et attestent de son efficacité.
En quoi consiste cette Technique qu’a développée
Frederick Matthias Alexander, pionnier en la matière
?
Les gens demandent parfois si elle s’apparente
au yoga ou à l’acupuncture, s’il
s’agit d’une médecine alternative
ou encore si elle dérive d’une discipline
orientale. Rien de tout cela. Elle fut développée
par un homme méthodique et pratique, n’ayant
aucune connaissance des philosophies orientales et bien
avant la popularité des médecines alternatives.
Le but de la Technique qu’il avait développée
n’était pas de traiter des symptômes
spécifiques, mais de s’intéresser
à un schéma général qu’il
appelait ‘mauvaise utilisation’ : un
problème fondamental qu’aucune autre approche
ne reconnaît explicitement.
La Technique d’Alexander est utilisée
pour soulager et prévenir des douleurs du
dos, du cou et des membres, des maux de têtes
et autres problèmes musculo-squelettiques ;
pour réduire les tensions et améliorer
les performances dans l’acquisition de compétences
complexes comme celles nécessaires pour jouer
d’un instrument de musique, pour chanter, pour
monter sur scène ou pour faire du sport ;
pour rendre moins contraignantes des activités
répétitives et exigeantes ; pour
gérer le stress et pour retrouver une certaine
liberté de mouvement après un accident
ou une maladie chronique. Elle a même été
utilisée pour entraîner des pilotes de
chasse à rester calmes et pouvoir prendre des
décisions dans des conditions de pression extrême.
Mais ses implications sont bien plus profondes, comme
vous pourrez le découvrir sur ce site.
En 1973, lorsque le Professeur Nikolaas Tinbergen
se vit décerner le Prix Nobel de Physiologie
et de Médecine, il consacra la moitié
de son discours de réception à Frederick
Matthias Alexander, déclarant : « Cette
histoire de perspicacité et de persévérance
de la part d’un homme sans formation médicale
est l’une des véritables épopées
de la recherche et de la pratique médicale. »
Avant de poursuivre votre lecture, nous vous demandons
de vous préparer à penser ‘hors
des sentiers battus’ – de mettre de côté
toute idée préconçue. Alexander
fut obligé de faire de même lorsqu’il
fut confronté à une sérieuse perte
de voix ne répondant pas aux traitements médicaux
et qui mettait en péril une carrière d’acteur
prometteuse. Il se vit obligé de considérer
la question à partir d’une nouvelle perspective.
En relevant le défi, il fut entraîné
dans un périple au cours duquel il fit certaines
découvertes remarquables quant au fonctionnement
humain, découvertes qui forment la base de la
Technique qui porte son nom. Pour comprendre ses découvertes,
nous devons mettre de côté tout préjugé
et tenir compte de certaines données de base.
La réponse anti-gravité
L’organisme humain a toujours existé
dans un champ gravitationnel constant. En conséquence,
le système neuro-musculo-squelettique a développé
des moyens pour gérer les effets de la force
constante de la gravité, moyens auxquels nous
donnerons le nom générique de ‘réponses
anti-gravité’. Alexander découvrit
que ses propres réponses anti-gravité
ne fonctionnaient pas correctement. Il arriva à
recouvrer sa voix non pas en recourant aux thérapies
conventionnelles, mais en apprenant à récupérer
le fonctionnement de ses réponses anti-gravité.
En bref, il développa une technique pour permettre
le meilleur usage de nos mécanismes innés
d’expansion en réponse à la force
de la gravitation. Cela ne signifie aucunement qu’il
a réussi à apprendre à voler…
il apprit à simplement à optimaliser le
fonctionnement de ses mécanismes posturaux. Les
bénéfices imprévus que cela apporta
à son fonctionnement amena rapidement la Technique
à sa merveilleuse réputation.
(Note du traducteur : pour
être plus précis : ce ne sont pas
les réponses anti-gravité elles-mêmes
qui sont en cause, mais les conséquences de leur
fonctionnement sur l’usage de soi quand il y a
interférence. Si les systèmes d’adaptation
à la gravité sont neurologiquement déficients,
cela relève d’autres thérapies.)
Le tout est plus grand que la somme de ses parties
Un organisme humain pris dans son ensemble est beaucoup
plus intéressant et complexe que les morceaux
inanimés étudiés sur la table de
dissection. Nos organismes sont constitués de
différentes ‘parties’ (l’esprit,
les émotions, le système nerveux et le
système circulatoire, le squelette, la musculature
et les organes), mais nous sommes bien plus qu’un
assortiment d’os et de chairs rendus vivants par
la chimie. Nous sommes également dotés
de conscience et grâce à elle le tout devient
plus que la somme de ses parties car elle nous permet
d’exercer une influence considérable sur
tout l’organisme. C’est ce qui nous permet
d’arriver à un fonctionnement optimal de
l’entité ‘psycho-physique’
que nous sommes. Il ne s’agit pas d’un rêve
irréel. Ce n’est que du bons sens. Ce texte
d’information a été écrit
pour vous montrer pourquoi et pour vous donner l’occasion
de découvrir comment la Technique Alexander agit,
ce qui la rend unique et comment tout le monde peut
en tirer des bénéfices.
top
Section 2 - Le mauvais usage de soi
Le Défi
Dans la vie moderne, les stimulations extérieures
nous détournent souvent de nous-mêmes.
La voiture, la télévision et l’ordinateur
nous ont rendus plus sédentaires. Avec la télévision
et l’ordinateur en particulier notre attention
se dissout dans un monde virtuel où nous perdons
conscience de notre posture, de notre respiration et
de notre ancrage au sol. Quand nous perdons conscience
de nous-mêmes de cette manière, nous sommes
à la merci de la gravité qui fera ce qu’elle
a fait depuis toujours : nous pousser vers le bas.
Parce que nous sommes si peu présents, hors de
nous-mêmes en quelque sorte, nous ne remarquons
pas ce qui nous arrive. Que nous nous affaissions ou
que nous nous raidissions, nous créons des efforts
inutiles qui empêchent les très complexes
mécanismes posturaux dont nous sommes tous équipés
de contrer la force de la gravité convenablement.
Et pour ajouter à notre malheur, nous nous habituons
à cette distorsion qui nous semble alors normale
et confortable. Nos articulations de soutien s’usent
sous l’excès de charge, notre respiration
devient défectueuse et la qualité de notre
bien-être émotionnel et mental s’en
trouve affectée. Le terme retenu par Alexander
pour désigner cet état fut celui de ‘mauvais
usage de soi’.
F. M. Alexander s’aperçut que la manière
dont on utilise notre organisme dans son ensemble affecte
directement notre fonctionnement pour le meilleur ou
pour le pire. Quand on s’affaisse, par exemple,
certaines articulations sont écrasées,
leurs surfaces articulaires s’usent et une pression
excessive continue s’exerce sur les disques intervertébraux.
Les courbures de notre colonne vertébrale s’en
trouvent exagérées et le tonus des muscles
du dos change. Il y a augmentation de la tension musculaire
et de la pression intra-abdominale qui limitent l’afflux
sanguin vers les organes. Ce qui entraîne à
son tour une rétention des fluides dans les jambes
et le développement de varices, d’hémorroïdes,
de colites et d’autres maux encore.
La musculature de la cage thoracique tend à
se contracter réduisant notre respiration et
empêchant un apport adéquat d’oxygène
pour les besoins physiques, émotionnels et mentaux.
Quand nous vivons dans un tel corps, nous dépensons
notre énergie simplement pour pouvoir nourrir
ces tensions inutiles. Nos postures en souffrent et
notre vitalité diminue –avec les conséquences
que cela peut avoir pour notre santé mentale
et émotionnelle. Un corps déprimé
signifie un moral bas et un mental faible. Le mauvais
usage de soi est endémique dans le monde occidental
moderne – comme le sont la dépression et
les demandes d’opérations du genou et de
la hanche. Est-ce pure coïncidence ? Nous
devons comprendre que lorsque nous nous utilisons mal,
nous mettons en péril notre fonctionnement général.
Le mauvais usage de soi commence très tôt
mais n’est pas reconnu comme tel. De plus il est
tellement fréquent que nous ne le remarquons
même plus. De même il est inconsciemment
encouragé comme partie intégrante d’un
mode de vie où seuls les résultats comptent
et qui tend à considérer le corps comme
une machine, quelque chose de distinct du reste de notre
être. Les effets dévastateurs du mauvais
usage de soi deviennent évidents après
quelques décennies et à l’âge
mûr, mais de plus en plus chez le jeune également.
L’unité indivisible
A la fin d’une décade de recherches pratiques,
bien avant la popularisation de la notion d’approche
holistique du bien-être, Alexander était
convaincu que l’intégration si vitale à
notre bien-être ne pouvait être rétablie
qu’en nous adressant à l’ensemble
de notre être psychophysique et que s’occuper
des parties souffrantes ou rebelles isolément
n’aidait en rien l’amélioration des
causes sous-jacentes, sinon à les exacerber.
De ce point de vue, il a dit que classer et traiter
les défauts et maladies humaines comme purement
‘physiques’ ou purement ‘mentales’
n’a pas apporté et n’apportera pas
de solutions. Toutes les tentatives d’améliorer
la condition humaine doivent être fondées
sur l’unité indivisible de l'organisme
humain. Quand nous réalisons qu’il a été
capable d’apporter un changement radical de son
propre fonctionnement général, y compris
la récupération totale de sa voix et de
sa fonction respiratoire, nous pourrions tirer un grand
bénéfice à suivre son conseil et
lui être immensément reconnaissant d’avoir
également développé un moyen de
faciliter la récupération de l’intégrité
psychophysique chez les autres.
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Section 3 - La posture et l’équilibre
(poise)
Une bonne posture ou une bonne utilisation de soi?
Pour beaucoup de monde, la Technique Alexander est
intimement associée à l’acquisition
d’une bonne posture. Le terme de posture est cependant
inadéquat pour exprimer ce que la Technique Alexander
cherche à améliorer. En ce qui concerne
la posture, il est généralement admis
que se tenir droit est mieux que de se tenir penché
et recroquevillé sur soi. Il y a là une
certaine vérité. Quand on recherche à
se tenir droit à tout prix on ne fait que simplement
créer un mauvais usage de soi sous une autre
forme. Parmi d’autres exemples : le militaire
dans un défilé, le ‘jeune cadre
dynamique’ hypertendu, le danseur ou le mannequin
qui forcent leur apparence. La posture n’est rien
de plus que le reflet de notre usage général
de nous-mêmes dans le sens où une mauvaise
posture résulte d’un mauvais usage de soi.
De même, un bon usage de soi entraîne l’amélioration
de la posture. ‘La posture’ est quelque
chose de statique concernant la bonne ou la mauvaise
forme de notre corps. Le terme ‘usage’ d’un
autre côté est quelque chose de dynamique,
de fluide et de vivant, concernant tout l’organisme.
La Technique Alexander par conséquent ne s’adresse
pas à la mauvaise posture directement –
le rétablissement du bon fonctionnement des mécanismes
posturaux en fasse partie - elle est concernée
par la promotion d’un état d’équilibre
dynamique (poise) comme base de toute activité :
au repos et en mouvement, aussi bien mentalement et
émotionnellement que physiquement. Quand cet
équilibre est retrouvé, la posture s’adapte
en conséquence. Quand on fait des exercices,
du yoga, de la méditation, du sport ou qu’on
joue d’un instrument de musique sans cet équilibre
dynamique de base, nous ne faisons que renforcer les
plis crées par nos manières habituelles
de faire.
L’équilibre dynamique (poise) : un équilibre
instable
Nous ne rencontrons que rarement la grâce naturelle
dans la vie courante, mais on peut parfois la voir sur
les terrains de sport, dans les salles de concert, sur
scène ou chez les très jeunes enfants.
L’équilibre dynamique, un état de
vigilance décontractée, est en rapport
avec la sensation d’être total et si nous
pouvons le maintenir constamment nous nous sentons plus
légers et nous bougeons plus facilement au lieu
de nous sentir lourd et fragmenté. Une définition
de l’équilibre dynamique qui pourrait sembler
paradoxale à certains est celle d’ ‘équilibre
instable’. Mais les équilibristes ont besoin
de rester décontractés et en constant
déséquilibre sur la corde s’ils
veulent garder leur équilibre. Dès qu’ils
se raidissent, ils interfèrent avec ces mêmes
réflexes qu’ils doivent utiliser pour tenir
sur la corde. Les mêmes lois naturelles sont d’application
pour nous autres simples humains, moins aventureux,
assis sans danger derrière nos ordinateurs ou
à table pour les repas. La différence
est que lorsque nous nous affaissons et que nous nous
raidissons, perdant notre équilibre instable
en position assise, nous ne risquons pas de nous écraser
au sol, nous nous écrasons un peu plus en nous-mêmes,
inconscients des dégâts que nous nous occasionnons.
top
Section 4 - Les Mécanismes Posturaux
Ceux d’entre vous qui auront eu la chance d’assister
à une représentation du Cirque du Soleil
auront vu une jeune chinoise sauter audacieusement sur
une longue corde tendue en diagonale, un parapluie à
la main. Son superbe équilibre et sa facilité
de mouvement donnaient un bel exemple des mécanismes
posturaux en action. On peut également les voir
à l’œuvre chez les enfants heureux,
vivant et jouant avec aisance dans leur petit corps.
Nous allons aborder maintenant quelques données
de base qui nous aideront à comprendre quand
les mécanismes posturaux fonctionnent bien, pourquoi
ce n’est pas toujours le cas et comment on peut
en faciliter le fonctionnement.
Les réflexes d’étirement
Le fonctionnement d’un muscle est complexe,
mais nous avons besoin de comprendre certaines de ses
propriétés élémentaires.
Quand il est étiré, par exemple, un muscle
se contracte par rapport à la traction appliquée.
Comme l’élastique, plus il est étiré,
plus il se tend. Si vous attachez une extrémité
d’un gros élastique à la poignée
d’une porte et l’autre extrémité
sur le châssis de la porte à la même
hauteur et qu’ensuite vous ouvrez la porte pour
étirer l’élastique, plus vous tirerez
sur la porte, plus grande sera la tension dans l’élastique
et plus forte la traction qui refermera la porte. C’est
ainsi, très sommairement, qu’un muscle
fonctionne. C’est cette activité caractéristique
du muscle squelettique qui maintient le corps ensemble.
Les femmes africaines qui marchent avec de lourdes cruches
sur la tête non seulement gardent leur taille,
mais leurs corps s’allongent en réponse
au surplus de poids. De même, la force de la gravité
nous fait réagir par rapport à la résistance
de la terre. L’ensemble de la musculature squelettique
répond d’une manière réflexe
à ce stimulus par un jeu complexe de tensions
et de relâchements, en constante adaptation pour
nous garder librement érigés. Les astronautes
qui passent un certain temps dans l’espace voient
leur tonus musculaire diminuer et peuvent à peine
marcher à leur retour sur la Terre. Sans la gravité
pour stimuler les réflexes d’étirement,
leurs muscles squelettiques s’atrophient. Ce sont
les réflexes d’étirement qui gardent
les humains, tributaires de la Terre, souples et élégants
dans leur maintien.
Les fibres musculaires
Nos muscles squelettiques sont faits de fibres qui
se sont différenciées en deux types principaux
selon leur fonction. Ce sont les fibres rouges (lentes)
et les fibres blanches (rapides). Les fibres rouges
(lentes) tirent leur énergie du glucose au contact
de l’oxygène, ce qui leur permet de développer
de la force lentement et de rester contractées
plus longtemps. Elles sont relativement peu sujettes
à la fatigue. Tandis que les fibres blanches
(rapides) sont capables de développer plus de
force et des contractions plus rapides, mais sont fort
sujettes à la fatigue. Elles obtiennent de l’énergie
rapidement en utilisant le glucose sans oxygène.
Elles se fatiguent rapidement car le glucose utilisé
se consume sous la forme d’acide lactique. Ce
déchet nous fait avoir mal aux muscles après
des efforts intenses. Meilleure sera notre condition
physique et plus rapide sera l’élimination
de l’acide lactique de nos muscles par le flux
sanguin, et moindre notre douleur.
Muscles rouges et muscles blancs
Nous sommes équipés de trois types de
muscles squelettiques qui se distinguent entre eux par
la quantité de fibres rouges ou blanches qui
les composent et qui permettent le support (muscles
posturaux), le mouvement ou la puissance.
Les muscles posturaux
Les muscles posturaux profonds nous permettent de
tenir debout et maintiennent le corps ensemble, que
nous soyons immobiles ou en action. Nous avons besoin
de ces muscles pour simplement ‘être’,
pour avoir une forme humaine, que ce soit assis ou couché,
pour être maintenu alors que nous ne faisons rien
de particulier. Ces muscles profonds sont principalement
constitués de fibres rouges (lentes). Cette grande
proportion de fibres lentes qui permet un travail musculaire
quasiment infatigable a besoin d’une certaine
activité constante. Pendant qu’ils nous
maintiennent ensemble, les muscles posturaux profonds
du tronc informent simultanément le système
nerveux central sur notre orientation dans l’espace
qui lui permettra de coordonner les réponses
appropriées de l’ensemble de la musculature.
Une couche moins profonde de muscles posturaux permet
de nous stabiliser et servent d’ancrage pour les
muscles de mouvement des membres.
Les muscles de l’action
D’un autre côté, les muscles du
mouvement nous procurent une force instantanée
pour pouvoir courir, nous lever, nous sauver du danger
et nous permettre d’agir dans le monde. Les muscles
que nous utilisons pour leur force sont principalement
composés de fibres blanches rapides pour de courts
moments d’activité intense et se fatiguent
donc vite. Une utilisation prolongée rend ces
muscles plus durs et plus volumineux.
Les muscles que l’on utilise pour le mouvement
sont composés aussi bien de fibres rouges lentes
que de fibres blanches rapides. Les muscles du mouvement
ont besoin d’exercice répété
pour préserver leur proportion de fibres rouges
lentes. S’ils sont soumis à une activité
intense prolongée, ils tendent à perdre
un certain nombre de leur fibres rouges lentes parce
qu’il est plus souvent fait appel à leur
fibres blanches rapides.
Rester dans une position de garde à vous militaire
exige un effort délibéré et le
simple fait de penser à fournir un effort fera
appel aux fibres musculaires blanches rapides. Quand
ce genre d’activité devient habituel, la
proportion de fibres blanches rapides augmente, changeant
la composition structurale des muscles du mouvement,
les rendant plus fatigables. C’est une des nombreuses
manières où la pensée et l’habitude
peuvent agir directement sur la substance corporelle.
Certaines personnes naissent avec plus de fibres lentes,
ce qui les avantage dans les sports d’endurance.
Ceux chez qui la nature a privilégié les
fibres rapides feront de meilleurs sprinters. C’est
pour augmenter la force musculaire rapide que certains
athlètes, particulièrement dans les courses
de vitesse, prennent des stéroïdes. (www.howstuffworks.com/muscle.htm)
Tension et relâchement
Chaque fois que vous décidez de faire un mouvement
- de vous tenir debout, de marcher, de soulever un objet,
de danser ou de jouer d’un instrument de musique
- les muscles de soutien (à fibres lentes) de
votre tronc et les muscles du mouvement (à fibres
rapides) des membres travaillent de concert pour créer
les schémas qui permettront de passer à
l’action. Les muscles sont capables d’un
nombre étonnant d’actions. Pour ce faire,
ils fonctionnent en groupes opposés et complémentaires,
faisant le travail inverse des autres. Nous avons des
muscles fléchisseurs pour plier et des muscles
extenseurs pour le redressement ; des abducteurs pour
éloigner nos membres du corps et des adducteurs
pour les ramener vers le corps ; des rotateurs et des
‘contre-rotateurs’ pour les mouvements de
torsion, etc.
Quand un groupe est actif, il est appelé agoniste
et son opposé est alors appelé antagoniste.
Ils doivent travailler de concert pour nous faire bouger
harmonieusement et efficacement. Ils y arrivent en travaillant
sous la forme d’une relation antagoniste positive
: un arrangement où chaque action des agonistes
est équilibrée par un relâchement
des antagonistes. De sorte que quand des fléchisseurs
sont actifs, les extenseurs qui leur sont opposés
se relâchent et vice versa.
Quand le bon usage de nous-mêmes diminue, une
perception défectueuse nous fait faire des efforts
inutiles dans l’exécution de nos actions.
Que ce soit pour dévisser un bouchon ou frapper
sur une balle de tennis, notre tendance sera de mobiliser
des muscles agonistes et leurs antagonistes en même
temps. Leur action réciproque sera perturbée
et nous perdrons en précision dans nos mouvements.
Cela est évident chez certains musiciens trop
stressés lorsqu’ils doivent s’exécuter
en public. Ils crispent les muscles du cou, des mâchoires,
des épaules, des fesses et des jambes avec des
conséquences désastreuses pour leurs poignets,
leurs mains et leurs doigts. Certains d’entre
nous font de même simplement en exécutant
l’action de se lever d’une chaise.
Chaos
Quand nous nous affaissons en position assise et que
nous nous appuyons sur nos bras pour tenir assis ou
que nous passons d’une jambe sur l’autre
lorsque nous faisons la file pour mieux supporter la
position debout, ou que nous soulevons les épaules
pour nous redresser, nous faisons appel à nos
fibres musculaires rapides pour remplir le rôle
des fibres lentes. L’installation rapide de la
fatigue prouve le rôle inapproprié des
muscles fatigables pour ces tâches. En même
temps, les muscles lents de soutien du tronc, qui devraient
nous supporter, sont affaiblis par manqué d’utilisation
car leur travail a été pris en charge
à tort par d’autres muscles. Le rôle
des muscles consiste aussi à fournir des informations
sensorielles au système nerveux central sur notre
orientation dans le champ gravitationnel. Le feedback
qu’ils fournissent dans cet état de fonctionnement
insuffisant est trompeur. Le système nerveux
central, réagissant par rapport à ce feedback
trompeur, ‘pense’ que ces muscles ont besoin
d’aide pour nous soutenir et nous entrons dans
un cercle vicieux où nous faisons appel à
plus d’efforts encore de la part des muscles de
mouvement fatigués déjà sollicités,
qui travailleront encore plus intensément pour
remplir leur ‘rôle’. La gravité
l’emporte sur nos mécanismes posturaux
et nous nous retrouvons avec un corps soumis à
un travail excessif de certains muscles en certaines
parties du corps et un travail insuffisant en d’autres
parties. En d’autres termes, notre corps a perdu
son tonus musculaire équilibré. La tension
excessive de l’ensemble de la musculature exerce
une tension excessive sur les ligaments et les articulations.
La longueur des muscles
A sa longueur optimale, le muscle est dans un état
équilibré, prêt à se contracter
totalement si nécessaire. Quand nous utilisons
constamment nos muscles à tort et à travers,
deux choses arrivent : leurs fibres restent chroniquement
raccourcies et les muscles perdent de leur pouvoir contractile.
La musculature dans son ensemble se raccourcit, nous
tirant vers le bas et c’est la fin de notre bonne
posture.
e traitement spécifique de la tension musculaire
chronique et des problèmes articulaires n’affectera
pas le schéma sous-jacent de mauvaise utilisation
qui les a produits. Ce schéma est plus qu’un
problème de muscles, de tendons, de ligaments,
d’os et d’articulations. Il fait partie
de l’ensemble du schéma psychophysique.
Les personnes compétitives souffrent de tensions
musculaires excessives parce que leurs pensées
(attitude mentale) et leurs émotions (trop fortes)
se traduisent en tensions musculaires. C’est pourquoi
on dit qu’à partir de quarante ans on a
le visage et le corps que l’on mérite.
Conscience et muscles
Nous devons à l’Age des Lumières
l’héritage infortuné d’une
forme de pensée introduite par René Descartes
: ‘Je pense, donc je suis.’ Le dualisme
cartésien a conduit à la prépondérance
de ‘l’esprit’ (en particulier, le
cerveau gauche) au détriment du ‘corps’,
à l’insistance sur le développement
mental et à la relégation du corps dans
un rôle secondaire. En existe-t-il un symbole
plus poignant que le spectacle des écoliers écrasés
et abîmés par de lourds cartables chargés
de ‘connaissances’ sous forme de lourds
manuels scolaires. Parmi les nombreux désastres
qu’une telle attitude mentale engendre, il y a
la perte radicale de la conscience de son corps. Les
mécanismes posturaux fonctionnent ‘dans
l’obscurité’. Nous agissons ‘sur
pilote automatique’ sans enregistrer comment nous
agissons, restant inconscients de l’activité
musculaire excessive jusqu’à ce que la
douleur nous réveille. Les corps prématurément
déformés des écoliers en sont un
exemple, douleurs du poignet, du bras et de l’épaule
consécutives à l’usage prolongé
de la souris devant l’ordinateur en sont d’autres.
L’attention est absorbée par ce qui se
passe sur l’écran sans conscience des signaux
de fatigue envoyés par les muscles des mains,
de l’avant-bras, du bras et de l’épaule.
Les usagers continuent de fixer l’écran
en manipulant la souris, insensibles aux plaintes de
leurs muscles. Une souris ne pèse presque rien,
pourtant il suffit de quelques heures d’une utilisation
en se négligeant pour crisper les muscles de
la main, du bras et de l’épaule.
Cela est possible car la plus grande partie de notre
activité musculaire a lieu en dehors de notre
conscience. Chez l’individu moyen, l’activité
consciente du cerveau représente environ un millionième
de toute l’activité cérébrale.
Quand nos cerveaux sont occupés par le monde
virtuel de l’écran d’ordinateur ou
de télévision, nous accordons encore moins
d’attention à ce qui se passe en nous.
La Technique Alexander cherche à ramener ce
genre d’activité dans le champ de notre
conscience, de rendre conscient ce qui était
inconscient et d’élargir notre champ d’attention
pour pouvoir avoir une influence directe sur ce qui
se passe et apporter des changements. Tout ce que cela
demande est le choix de rester conscient et d’appliquer
un certain bon sens corporel pour pouvoir éliminer
la plupart des désordres répétitifs
en même temps qu’une mauvaise posture.
Les organes de l’équilibre
De chaque côté du crâne, à
l’intérieur de l’os qui entoure la
partie interne de vos oreilles, se trouve un ingénieux
appareil du nom de labyrinthe. Les deux labyrinthes
forment ensemble le système vestibulaire. Son
fonctionnement correct est essentiel pour la coordination
motrice et le contrôle postural.
Le système vestibulaire permet à votre
corps de sentir s’il est debout ou couché
et s’il est immobile ou en mouvement. Il est conçu
pour détecter la position et le mouvement de
la tête dans l’espace. Il est composé
des otolithes et des canaux semi-circulaires.
Les otolithes détectent votre orientation par
rapport à la gravité. Ils contiennent
des cellules nerveuses sensitives en forme de cheveux
placées dans diverses directions. Y sont attachés ??(attachés
à ou, ils possèdent de… ?)
de petits cristaux de calcium. Quand vous penchez votre
tête vers l’avant, vers l’arrière
ou sur le côté, la gravité agit
sur ces cristaux en fonction de leur orientation par
rapport à elle. Les cristaux qui ont réagit
à la gravité stimulent les cellules sensitives
en forme de cheveux qui envoient des signaux à
votre cerveau pour lui faire connaître la position
de votre tête dans l’espace.
Les canaux semi-circulaires détectent le mouvement
de la tête dans l’espace. Il s’agit
de trois minuscules tubes en forme de C. L’un
est couché horizontalement à plat et les
deux autres sont verticaux et perpendiculaires entre
eux et à celui qui est horizontal de sorte qu’ils
peuvent détecter des mouvements dans les trois
dimensions de l’espace. Ils travaillent ensemble
comme une sorte de niveau agissant constamment sur la
position changeante de la tête. Ils contiennent
des cellules nerveuses en forme de cheveux et des fluides.
Quand votre tête bouge dans une certaine direction,
le fluide prend du retard sur le mouvement de la tête
et se presse sur les cellules nerveuses les stimulant
à envoyer les signaux au cerveau concernant les
mouvements de votre tête.
La coordination du reste de votre corps dépend
des informations fournies par votre système vestibulaire.
(www.howstuffworks.com/balance.htm)
Lorsque les canaux semi-circulaires sont positionnés
correctement par rapport à la gravité,
leur orientation de base par rapport au sol est telle
que lorsque le corps est droit et la tête en position
neutre, le canal semi-circulaire horizontal est horizontal
et les deux autres verticaux. Le Dr T. D. M. Roberts,
un spécialiste de la physiologie des mécanismes
posturaux, a constaté que chez plus de trente
espèces de mammifères différentes
qu’il a étudiées la tête est
portée de sorte que le canal semi-circulaire
du bas est horizontal et les deux autres verticaux par
rapport au sol. Cependant, il observe que chez les êtres
humains, la plupart portent la tête de sorte que
le canal semi-circulaire du bas n’est plus horizontal
mais légèrement penché. Il est
intéressant de noter que Roberts remarqua qu’une
stimulation rendant l’être humain plus alerte
lui fait ramener la tête légèrement
vers l’avant et vers le haut, repositionnant ainsi
le canal semi-circulaire du bas à l’horizontale
provoquant également un réajustement de
la posture.
Le contrôle primaire
Un peu plus d’un siècle avant les expériences
du Dr Roberts, F.M. Alexander investiguait sur son propre
mauvais usage de lui-même. Une découverte
importante fut la constatation qu’une certaine
relation particulière unissant sa tête,
son cou et son dos faisait partie intégrante
d’une coordination optimale de tout son corps.
Il observa sur lui-même une perturbation de cette
relation tête-cou-dos. Il observa en particulier
que les tensions excessives dans les muscles du cou
et de la base du crâne tiraient sa tête
vers l’arrière et le bas par rapport à
sa colonne vertébrale. Il remarqua également
que cette perte d’intégrité dans
la relation de sa tête avec le reste du corps
affectait sa posture, ainsi que sa respiration et le
fonctionnement de sa voix.
Le système vestibulaire décrit plus
haut est situé de chaque côté de
l’articulation de l’atlas, la première
vertèbre cervicale, où le crâne
pivote sur l’articulation située au sommet
de la colonne vertébrale. Il s’ensuit qu’une
interférence constante avec l’équilibre
de la tête doit affecter le fonctionnement de
cet organe sensoriel.
Parce que la relation tête-cou-dos semblait
avoir un tel effet sur l’ensemble du corps, Alexander
l’appela le contrôle primaire et affirma
qu’une bonne coordination et un bon fonctionnement
ne pouvaient être obtenus sans son bon fonctionnement.
Ce fut finalement sa réussite de consciemment
libérer sa tête et son cou de tensions
excessives, maintenant de la sorte sa tête librement
en équilibre au sommet de la colonne vertébrale
lui permettant de bouger sans difficulté. A partir
de ce moment, il commença à jouir d’une
nouvelle qualité de coordination, faite de légèreté,
d’aisance et de grâce.
La science n’a pas encore mis à jour
les secrets de leur fonctionnement neurophysiologique,
ni permit de comprendre comment fonctionnent exactement
les mécanismes posturaux. Ce que nous savons,
par contre, c’est que nous pouvons faciliter ou
rendre difficile l’efficacité de ces mécanismes.
Grâce aux accomplissements pionniers d’Alexander
nous savons qu’une relation tête-cou-dos
satisfaisante est essentielle pour une bonne coordination
et nous savons comment l’améliorer et promouvoir
ce qu’il appela le bon usage de soi.
Le bon usage de soi
La Technique Alexander promeut la longueur musculaire
optimale et fait retrouver une appréciation sensorielle
fiable. Vous apprenez à permettre à la
gravité d’activer vos muscles en lieu et
place des habitudes qui imposent trop d’efforts
pour le corps. Un effort supplémentaire n’est
pas nécessaire pour se lever d’une chaise
par exemple. Diriger le corps pour activer la réaction
à la gravité des réflexes d’étirement
suffit pour que le corps entre en mouvement de lui-même.
Crisper le cou ou pousser fort en serrant les cuisses
ou en soulevant les épaules (ce que la plupart
d’entre nous font) est inutile et interfère
avec les mécanismes naturels.
Vous pouvez apprendre à vous faire confiance
et à utiliser vos mécanismes anti-gravité
innés. Vous pouvez libérer vos muscles
de leurs raccourcissements habituels et de leurs tensions
excessives. Vous pouvez retrouver une distribution équilibrée
de la tension musculaire dans un corps intégré.
Vous pouvez apprendre à porter la tête
librement. Vous pouvez changer vos schémas de
base de mauvaise utilisation de vous-mêmes et
affronter la vie et ses exigences sans vous abîmer
ou devoir vous faire remplacer les articulations des
hanches arrivés à la soixantaine. Vous
pouvez jouer d’un instrument de musique ou pratiquer
un sport en évitant des blessures dues à
la répétition des mouvements. Vous pouvez
rester calme au volant de votre voiture même pendant
les heures de pointe. Tout ce dont vous avez besoin
c’est une série de leçons en Technique
Alexander.
top
Section 5 - Qui était F.M. Alexander?
Frederick Matthias Alexander est né à
Wynyard, en Tasmanie en 1869. Il était un enfant
fragile et souffrait de problèmes respiratoires
chroniques. Bien qu’il fût passionné
de chevaux et devint un excellent cavalier, il évitait
cependant les concours hippiques dans le bush. Il leur
préférait la lecture et la récitation
des textes de Shakespeare dans la tranquillité
de sa chambre. Les années passant, il s’améliora
tellement dans l’art de la déclamation
dramatique qu’il décida d’en faire
son métier. Il accepta d’abord un poste
d’employé dans une compagnie minière
sur la côte ouest de la Tasmanie pour amasser
les fonds nécessaires pour se rendre à
Melbourne y faire carrière. Il y acquit une bonne
réputation et se produisit très vite dans
les théâtres de renom de l’époque.
Le succès d’Alexander fut assombri par
les crises d’enrouement qui s’intensifièrent
suite aux exigences que ces grands théâtres
imposaient sur son larynx (nous sommes avant l’avènement
du microphone). Il décida de consulter un spécialiste
quand sa voix lui fit défaut lors d’une
représentation devant le roi et la reine. Après
avoir diagnostiqué une laryngite, on lui conseilla
de faire de fréquents gargarismes à l’eau
salée et de reposer sa voix avant les représentations
importantes. Le traitement fut un échec. Déterminé
à ne pas abandonner sa carrière, il décida
de se prendre en main tout seul, puisque les médecins
ne pouvaient l’aider
Le développement de la Technique
Il pressentait que la déficience de sa voix
était liée à quelque chose qu’il
faisait pendant qu’il récitait ; c’est
pourquoi il décida de s’observer pour voir
s’il y avait quelque chose d’évident
à voir. Il s’acheta un miroir et s’observa
pendant qu’il récitait. A sa grande surprise,
il découvrit que ce qu’il vit dans le miroir
était différent de ce qu’il ressentait
et pensait faire. Lors de l’effort de projection
et de contrôle de sa voix, il déformait
son corps et sa respiration. Chaque fois qu’il
se mettait à parler, il tirait la tête
vers l’arrière, compressait son larynx
vers la poitrine et aspirait bruyamment de l’air.
Jusqu’à ce qu’il voie ces déformations
dans le miroir, il en était inconscient, mais
il se rendit très vite compte qu’il s’agissait
d’une mauvaise utilisation de ses possibilités
naturelles. Il ne mit pas longtemps à faire le
rapport entre la “mauvaise utilisation de lui-même”
et la déficience de sa voix, ce qui le conduisit
à affirmer que la manière dont nous nous
utilisons affecte directement notre fonctionnement.
Ensuite, il acheta deux miroirs supplémentaires,
les plaçant de manière à pouvoir
s’observer de tous les côtés. C’est
alors qu’il réalisa que ce qu’il
voyait était un schéma, une réponse
corporelle totale qui était stimulé chaque
fois qu’il décidait de parler. Il savait
qu’il aurait à se libérer de cette
réaction s’il voulait retrouver le plein
usage de sa voix. Il se mit donc à essayer de
se débarrasser des fautes qu’il voyait.
Appréciation sensorielle erronée (Unreliable
sensory appreciation)
Cela s’avéra extrêmement difficile.
Une certaine confusion se créa dans son esprit
quand il essaya de changer ce qui était devenu
une habitude puissante, habitude à laquelle il
tenait, une manière de s’utiliser qu’il
ressentait comme étant correcte. Il découvrit
que sa manière de juger de la réussite
de ce qu’il faisait était basé sur
ce qu’il ressentait et il fut surpris de découvrir
que sa ‘perception sensorielle’ n’était
pas fiable.
Grâce à ses observations, Alexander commença
à comprendre que ses défauts dans l’usage
de lui-même restaient bloqués par son appréciation
sensorielle non fiable. Il réalisa que cette
‘perception pervertie’, comme il l’appelait,
portait préjudice à toute tentative d’exécution
de quelque mouvement que ce soit, et qu’il ne
pouvait pas faire confiance à son sens kinesthésique.
Cette réalisation exigeait une nouvelle solution.
Il devait développer une conscience plus aigue,
un moyen fiable de vérifier ce qui se passait
dans son corps.
Il mit dix ans pour apprendre, petit à petit,
comment démonter la manière dont il s’utilisait
et pour la reconstruire complètement. Pour commencer,
il laissa de côté le problème de
l’élocution et commença par rester
conscient d’un champ d’attention plus large
en exécutant les gestes les plus simples (comme
le fait de lever un bras). Il constata que faire attention
de la sorte le libéra de la dictature des habitudes,
lui donnant un choix. Cela lui permit aussi de concevoir
et de formuler le processus qui conduisit à deux
principes vitaux qui devinrent les fondements de sa
technique.
L’Inhibition
Il découvrit que nos idées concernant
nos actions ont une influence constante sur la manière
dont nous performons ces actions – qu’il
y a une relation circulaire entre les pensées,
les émotions et les actions : la pensée
d’une action crée un schéma de réponse
musculaire particulier qui est renforcé par la
répétition. Le schéma se manifestant
par la rétraction arrière de la tête,
la compression du larynx et l’aspiration sonore
d’air à chaque tentative de parler. En
expérimentant, il découvrit que s’il
pouvait prévenir la crispation qui désalignait
sa tête, il pouvait également empêcher
les deux autres éléments du schéma.
Cela lui fit réaliser la primauté de la
relation tête-cou-tronc dans l’organisation
de l’ensemble du corps : le contrôle
primaire, comme il l’appela. Il réalisa
que pour améliorer l’usage de lui-même,
il devrait trouver un moyen d’arrêter son
habitude d’interférer avec cette relation
primordiale.
La clef à cet empêchement essentiel réside
non pas dans le contrôle physique direct, mais
par l’exercice du choix. Il perçut la nécessité
de changer son idée de l’action pour pouvoir
changer sa réponse posturale habituelle à
elle. La seule manière de briser le cycle pensée-action
était d’exercer un contrôle conscient
sur lui. Il s’essaya donc de penser à parler
sans s’autoriser à effectivement ouvrir
la bouche pour le faire. Cela brisa le cercle. Dès
qu’il eût appris à suspendre l’action,
il n’avait plus besoin de se fier aux sensations
instinctives pour être guidé. Il pouvait
alors expérimenter à apprendre à
permettre aux réponses musculaires appropriées
de se mettre en place. Il appela cet acte d’arrêt,
de suspension consciente, l’inhibition*.
Au premier abord la nouvelle expérience sensorielle
de suspendre sa réponse habituelle créait
de la confusion car il avait l’habitude d’être
guidé et de se fier à ses sensations.
Il persévéra – à l’encontre
de son habitude - à utiliser sa nouvelle méthode
d’utilisation du choix conscient pour opérer
des changements. Il apprit comment empêcher l’interférence
habituelle avec la relation tête-cou naturelle
et à prendre le contrôle conscient de ses
mouvements pour améliorer son usage de lui-même.
Les Directions
En expérimentant l’inhibition, Alexander
découvrit un deuxième principe fondamental
de l’usage de soi. Il vit qu’une action,
comme une histoire, a un début, un milieu et
une fin. Sa tendance instinctive a toujours été
de mettre le plus d’énergie au début
d’une action déterminée pour obtenir
un certain résultat, sans tenir compte du prix
qu’il aurait à payer de sa personne pour
y arriver. Selon ses propres mots, l’habitude
l’avait conduit à privilégier le
résultat, à mal diriger son énergie
dans la poursuite du but. Quand il eût appris
à inhiber sa réponse initiale et à
retarder le désir d’obtenir un résultat,
il avait la possibilité de diriger son énergie
consciemment en gardant à l’esprit toute
l’action. Il apprit qu’il avait jusque là
essayé d’arriver à la fin de l’histoire
(le résultat qu’il recherchait) sans faire
attention à la partie du milieu (les moyens par
lesquels il pouvait y arriver).
Alexander réalisa qu’en faisant attention
aux moyens, plutôt qu’en se focalisant sur
le but, le résultat viendrait de lui-même.
Son but était de parler sans compresser le larynx
et il ne pouvait le faire que s’il pouvait parler
sans déclencher l’apparition de l’ancien
schéma. Il devait rester conscient de plusieurs
choses en même temps. Il devait se retenir de
réagir automatiquement dès qu’il
avait l’intention de parler et il devait garder
son cou libre pendant qu’il déciderait
soit de parler, soit de ne pas parler, soit de faire
autre chose. Il appela ce processus : direction*.
Le non-faire
Il découvrit qu’en dirigeant ses actions
de cette manière il devint capable d’améliorer
l’usage de lui-même dans tout ce qu’il
faisait. Quand il transposa cette procédure à
d’autres activités comme celle de se lever
d’une chaise, il découvrit que s’il
inhibait le désir d’essayer de se lever
mais qu’il gardait son équilibre (poise)
et permettait à sa tête de diriger le mouvement,
il pouvait se lever sans aucun effort. Cela donna une
telle aisance et un tel plaisir à des mouvements
qu’il effectuait habituellement d’une manière
plus laborieuse et plus raide.
Il mit du temps à apprendre à appliquer
l’Inhibition et la Direction tout le temps et
à s’habituer à la sensation non
familière de ce nouvel usage conscient, mais
il savourait la libération que cela lui apportait
et il continua d’appliquer sa nouvelle méthode
à toutes ses activités. Il avait récupéré
sa voix et les difficultés respiratoires qui
l’avaient fait souffrir toute sa vie disparurent.
Il découvrit la jouissance d’une vitalité
et d’un bien-être plus grands, ainsi qu’un
sens plus accru des directions à suivre.
Le spécialiste de la respiration (‘The
Breathing Man’)
Ses collègues au théâtre remarquèrent
les changements en lui et beaucoup d’entre eux
commencèrent à le consulter au sujet de
problèmes tels que le trac et l’aspiration
d’air pour la projection de la voix. Il devint
connu en Australie comme le spécialiste de la
respiration.
Plusieurs médecins le persuadèrent de
se rendre à Londres pour y faire connaître
ses découvertes au monde médical officiel.
Il y trouva effectivement le soutien de plusieurs médecins
de renom. C’était son souhait le plus profond
de voir un jour sa Technique incorporée à
la formation médicale, surtout après être
arrivé à la conclusion que :
« Ce qu’on appelle
le ‘mental’ ou le ‘physique’
ne sont pas des entités séparées
et c’est pourquoi les maladies et les défauts
humains ne peuvent être classés en ‘mentaux’
ou ‘physiques’ et traités d’une
manière spécifique en tant que tels. Toute
formation - qu’elle soit éducative ou autre,
que son but soit la prévention ou l’élimination
de défauts, d’erreurs ou de maladies -
doit être basée sur l’unité
indivisible de l’organisme humain. »
(L’usage de Soi)
En 1910, Alexander publia son premier livre: L’Héritage
suprême de l’Homme (Man’s Supreme
Inheritance). En très peu de temps, il eut un
cabinet florissant à la porte duquel venaient
frapper des acteurs de renom, des musiciens, des écrivains
et des personnalités publiques. Parmi les célébrités
qui le consultèrent figurent l’écrivain
Sir George Bernard Shaw, le Chancelier de l’Echiquier
(Chancellor of the Exchequer) de l’époque
Sir Stafford Cripps, l’écrivain Aldous
Huxley et le Professeur John Dewey, philosophe et pédagogue
Américain. Huxley introduisit la figure d’Alexander
sous les traits, à peine déguisés,
d’un personnage rédempteur dans sa nouvelle
Eyeless in Gaza et défendit avec enthousiasme
la théorie d’Alexander dans son essai philosophique
La Fin et les Moyens (Ends and Means). John Dewey attribuait
une grande importance au rôle que pouvait jouer
le travail d’Alexander dans l’éducation.
En 1923, Un second livre fut publié: Le Contrôle
Conscient Constructif de l’Individu (Conscious
Constructive Control of the Individual).
En 1931 à Londres, Alexander créa une
école de formation de trois ans à sa technique,
pour que son oeuvre puisse lui survivre. (La décade
qui suivit vit la qualification des professeurs de la
Technique Alexander suivants: Wilfred Barlow, Marjorie
Barstow, Walter Carrington, Margaret Goldie, Patrick
Macdonald, Peter Scott, Irene Tasker, Sir George Trevelyan,
Dick et Elizabeth Walker et Erika Whittaker.)
Un troisième livre vit le jour en 1932: L’Usage
de Soi (The Use of the Self). Au cours de la Seconde
Guerre Mondiale, le blitz de 1940 força Alexander
à rejoindre son frère Albert Redden à
Boston, aux Etats-Unis, où il enseignait lui
aussi la Technique. C’est là qu’Alexander
termina en 1941 son quatrième livre La Constante
Universelle dans la Vie (The Universal Constant in Living).
A la fin de la guerre, Alexander retourna à
Londres pour reprendre son cabinet et continuer la formation
des étudiants. Bien qu’il ne remit plus
jamais les pieds en Australie, Alexander resta fidèle
à ses origines : un amateur de courses de
chevaux, citant librement Banjo Paterson et affrontant
la vie avec un esprit pionnier très personnel,
audacieux et génial. Il continua à enseigner
Le Travail (the Work), comme il l’appelait, jusqu’à
la fin de sa vie quand il mourut dans son sommeil à
l’âge de 87 ans en 1955.
* Un exemple concret est celui
de la capacité de certains joueurs de tennis
exceptionnels à penser en temps réel et
de changer la trajectoire d’une balle en une nanoseconde,
à volonté, plutôt que d’être
obligé de la renvoyer sur la défensive.
**Le tir à l’arc
demande la même faculté de direction. L’archer
ne doit pas pousser la flèche jusqu’à
la cible. Il doit rester calme et inclure simultanément
dans son champ d’attention la traction de la flèche
sur la corde, la stabilisation de son arc et de son
bras, et son but sur la cible au loin. A un certain
moment il y a fusion de la conscience de l’archer
avec le centre de la cible au loin qui attire la flèche
vers elle. L’archer reste calme et en équilibre
et, quand il est prêt, il relâche l’extrémité
de deux doigts seulement pour permettre un léger
mouvement qui libérera la flèche sans
effort vers la cible. Si l’archer se crispe ou
fait un effort, il brisera la connexion et ratera la
cible.
top
Section 6 - Les leçons en Technique Alexander
F.M. Alexander découvrit qu’il est possible
d’utiliser avantageusement ses pouvoirs de choix
conscient. Décider ce que nous nous autorisons
nous donne la liberté de répondre d’une
manière appropriée aux stimuli de l’environnement.
Nous trouvons notre autonomie essentielle et notre humanité
dans notre capacité de choix conscient. C’est
le grand bénéfice que confère la
Technique Alexander. Libérant plus de notre potentiel
fait avancer l’espèce humaine et améliore
notre bien-être. D’un autre côté,
quand nous sommes prisonniers d’habitudes qui
limitent notre développement, nous restons figés
intellectuellement, émotionnellement et physiquement.
C’est pourquoi nous ne pouvons exiger le bien-être
comme un droit. Nous devons le créer. La plupart
des gens qui suivent la Technique Alexander vérifieront
qu’elle produit des résultats inattendus
qui ne se limitent pas au corps. Elle rend la vie plus
gaie.
Pas un traitement ou une thérapie, mais une
rééducation
Des plaintes ou des problèmes spécifiques
n’intéressent pas le Professeur Alexander
directement et en premier lieu. Vous ne devriez pas
vous considérer comme le patient d’un professeur
Alexander, ni vous attendre à un traitement.
Vous devez vous y rendre comme élève,
pour apprendre comment changer votre manière
d’usage de vous-mêmes. Vous vivrez le même
processus de transformation psychophysique qu’Alexander.
La différence est que dans les mains d’un
professeur compétent, créer les conditions
pour les changements nécessaires peut ne prendre
qu’un temps infime par rapport au temps qu’il
a fallut à Alexander lui-même. C’est
un processus d’apprentissage complexe qui s’adresse
à l’unité psychophysique que nous
sommes : l’esprit, les émotions et
le corps, une unité indivisible sur laquelle
Alexander insistait beaucoup.
Les implications de l’unité indivisible
Au début, quand Alexander essaya de montrer
à ses collègues ce qu’il avait découvert,
il essaya de les en instruire verbalement, leur expliquant
ce qu’il voulait qu’ils fassent. Il comprit
très vite que cela ne marchait pas. Ils ne pouvaient
pas appliquer ses instructions de la manière
dont il l’attendait car leur manière habituelle
de s’utiliser les en empêchait. Parce que
nous sommes des unités psychophysiques indivisibles
nous ne pouvons pas avoir une habitude d’usage
du corps qui ne serait pas encodée dans le reste
de notre être. Notre chair et nos os incarnent
l’habitude qui domine nos pensées et nos
émotions. Quand nous sommes abattus mentalement,
nous le sommes également physiquement …
et vice versa.
Les personnes qu’Alexander essayait d’aider
n’avaient pas d’autre choix que de traduire
ses instructions par l’intermédiaire de
leur manière habituelle de penser et l’appréciation
sensorielle erronée qui lui était associée.
Par exemple, lorsqu’Alexander leur demandait de
rester tranquilles, ils crispaient leurs muscles. Quand
il leur demandait de ne pas y mettre autant d’effort,
ils s’affaissaient. Quoi qu’Alexander leur
demandât de faire, ils essayaient de transformer
en action l’idée qu’ils s’en
faisaient et cette mise en action se manifestait instantanément
sous la forme d’une configuration musculaire.
Alexander reconnut que nos idées préconçues
ne sont pas simplement des activités mentales
mais sont présentes dans nos systèmes
neuromusculaires. Il réalisa qu’un champ
d’attention élargi était nécessaire
pour ‘monitorer’ ces préconceptions
et leur influence. Il vit que ce champ d’attention
devait inclure la conscience concernant le chemin par
lequel notre musculature répond à notre
idée de l’exécution d’une
action déterminée. Nous devons inclure
totalement notre conscience physique et mentale pour
pouvoir changer notre manière habituelle de faire
les choses.
Alexander vit qu’il devait fournir à
ses élèves cette conscience qui leur manquait,
et qu’il devait leur fournir l’expérience
immédiate d’une exécution différente
de leurs actions. Au lieu d’utiliser des mots,
il décida d’utiliser le contact de ses
mains.
Le non-faire (Non-doing)
A partir de ce moment-là, son travail prit
une nouvelle tournure. Il découvrit qu’en
mettant ses mains sur les gens il pouvait leur transmettre
l’expérience de son propre meilleur usage
psychophysique directement. Leurs corps, sans aucune
interférence mentale, pouvaient répondre
spontanément à son contact. Alexander
réalisa que le cercle vicieux imposé à
l’organisme par l’habitude pouvait être
brisé en approchant le corps directement –
comme si le corps savait déjà comment
s’organiser, si nous le lui permettions. Ce qui
est alors nécessaire est de penser autrement.
La rééducation psychophysique facilitée
au cours des leçons Alexander est centrée
non pas sur comment faire, mais plutôt sur apprendre
à ne pas faire, à ne pas en rajouter,
d’écarter la mauvaise habitude du chemin
pour que la chose correcte puisse arriver. C’est
pourquoi la Technique ne peut être apprise dans
les livres.
Le Professeur de Technique Alexander
Votre professeur de Technique Alexander aura passé
au moins trois ans dans un cours de formation reconnu
où il aura connu une rééducation
psychophysique intense. Il ou elle doit arriver à
un haut niveau d’usage de soi pour pouvoir transmettre
les principes de la Technique Alexander. Le point central
de la formation est un usage des mains qui rendra le
futur professeur capable de recevoir de l’information
du corps de l’élève et de lui transmettre
en retour une certaine qualité d’expérience
et de lui faciliter la détente musculaire. Les
mains d’un professeur expérimenté
sont légères et ouvertes et ne forcent
pas ni ne manipulent. Après une leçon,
on se sent plus uni, plus léger, plus libre,
plus en équilibre et plus conscient de l’espace
qu’on occupe.
Les changements qui ont lieu peuvent être profonds
et peuvent conduire à un inconfort passager pendant
que la musculature se réorganise. Cette réorganisation
est parfois perçue comme une douleur légère
et diffuse en divers endroits où la redistribution
du tonus musculaire est ressentie plus intensément,
comme entre les omoplates ou sur les épaules.
Des changements dans la perception kinesthésiques
peuvent être légèrement déroutants.
Si cela arrive, il ne faut pas s’en faire. Il
s’agit simplement des réponses du corps
au changement et il faut les accepter. Ils passeront
vite.
Le Contrôle Primaire
Au cours de ce processus, le contact physique subtil
que votre professeur utilise communique une stimulation
qui vous soutien pendant que vos propres réponses
anti-gravité ne fonctionnent pas encore optimalement.
Cela permet au professeur de faciliter le relâchement
là où il est nécessaire. En même
temps, vous recevrez un feedback de ce contact qui vous
donnera une meilleure perception de vous-mêmes
comme un tout.
Une attention particulière sera donnée
à l’amélioration de la conscience
de la relation tête/cou. La liberté de
positionnement et de mouvement de votre tête au
sommet de votre colonne vertébrale est essentielle
à la coordination générale de votre
corps. Nous entretenons souvent de subtiles tensions
chroniques dans les muscles de notre cou et à
la base de nos crânes qui interfèrent avec
l’équilibre naturel de notre tête.
Une tension excessive dans la région du cou et
de la tête cause une mauvaise coordination dans
le reste du corps, produisant une expérience
de déconnection entre les diverses parties. Avec
le temps, vous deviendrez capables de garder les muscles
de votre cou libres et cela produira un changement dans
le schéma général. Garder l’équilibre
tête/cou libre est essentiel pour le rétablissement
d’une appréciation sensorielle fiable dans
le mouvement.
L’Inhibition
Comme vous l’aurez deviné, le professeur
fera bien plus que permettre à votre corps de
fonctionner plus efficacement. Cela ne peut en fait
arriver tant qu’on ne se sera pas adressé
à vos schémas habituels. Ces schémas
se sont inscrits dans les réseaux neuromusculaires
et sont donc également inscrits au niveau de
l’esprit et des émotions. Ce que nous croyons,
les images internes que nous créons, l’idée
que nous avons de nous-mêmes, se traduisent en
tensions musculaires et déterminent la qualité
de nos actions et de nos expériences.
Un des aspects les plus libérateurs des leçons
en Technique Alexander est l’utilisation de la
conscience pour gagner le contrôle de nos pensées
et de nos émotions. Cela arrive avec l’acquisition
progressive de la capacité à inhiber :
être capable de suspendre nos réactions
aux stimulations de l’environnement jusqu’à
ce nous puissions choisir de répondre au moment
choisi, calmement et posément, comment nous voulons
répondre – plutôt que d’être
l’esclave du téléphone, de la montre,
de la télévision, des feux routiers, du
patron, des enfants, de l’angoisse… Cela
devient possible une fois que nos corps ne sont plus
attachés à des réponses stéréotypées.
Les Directions
Votre professeur vous aidera à identifier vos
réponses habituelles pour que vous puissiez les
inhiber. Dès que cela est atteint vous pouvez
décider d’exécuter consciemment
vos actions avec un minimum d’effort. Votre professeur
vous donnera une expérience nouvelle dans l’exécution
d’actions quotidiennes de manière à
prévenir des efforts inutiles pendant la réalisation
de vos objectifs. La capacité à diriger
votre énergie efficacement deviendra une seconde
nature et vous remarquerez d’une manière
générale une facilité à
vous atteler à des tâches difficiles.
Lorsque ces changements positifs remplacent les vieux
schémas, les tissus musculaires auparavant trop
contractés retrouvent leur longueur optimale.
La tension est redistribuée de sorte que les
articulations ne sont plus soumises à des tensions
excessives. En lieu et place vient la facilité
et l’aisance dans le mouvement et l’amélioration
de la coordination. Des plaintes associées au
mauvais usage, comme des douleurs articulaires, des
maux de dos et de l’anxiété diminueront
en intensité ou disparaîtront complètement
avec la réorganisation du schéma qui les
a produit.
Une approche pratique
La Technique Alexander est une méthode pratique
de rééducation et votre professeur vous
proposera des procédures simples à pratiquer
en dehors des leçons pour renforcer les bénéfices
de vos leçons. Vous trouverez le besoin d’appliquer
la Technique dans votre vie quotidienne. Beaucoup de
personnes expérimentent une augmentation de leur
vitalité avec l’amélioration de
leur usage d’eux-mêmes car l’énergie
qui était gaspillée en efforts inutiles
devient disponible pour leur plus grande satisfaction.
Qui peut bénéficier des leçons
en Technique Alexander?
La Technique Alexander est pour tout le monde. Elle
fut d’abord utilisée par les musiciens,
les acteurs, les danseurs et les athlètes à
cause de l’amélioration qu’elle permettait
de leurs compétences professionnelles. Le lauréat
du Prix Nobel de médecine Nikolaas Tinbergen
pensait tellement de bien de la Technique Alexander
que lorsqu’il parla devant l’Association
des Professeurs de la Technique Alexander (Society of
Teachers of the Alexander Technique) à Londres,
il dit qu’elle était la clef d’un
pas dans l’évolution humaine. Il pensait
que tout le monde devrait suivre des cours de Technique
Alexander et que dans ce cas la plupart des questions
urgentes verraient une solution. Mais cela dépend
de nous. Que vous essayiez la Technique parce que vous
souffrez de douleurs, parce que vous désirez
parfaire vos compétences, changer votre posture,
vous calmer ou juste pour le plaisir, vous découvrirez
vite les bénéfices que vous pourrez en
tirer.
top
Section 7 Combien de leçons?
Pourquoi est-ce important de suivre une série
de leçons en Technique Alexander?
A cause de la réputation qu’elle a acquise
pour l’amélioration du bien-être
et du fonctionnement général, la Technique
Alexander est parfois perçue, à tort,
comme une ‘thérapie’. Elle est souvent
confondue avec d’autres disciplines alternatives
ou complémentaires et vue comme une forme de
traitement pour des maladies spécifiques et des
souffrances. Il est important de comprendre qu’il
ne s’agit pas d’un traitement et que si
vous l’envisager sous cet angle vous ne tirerez
pas le meilleur bénéfice des leçons.
La Technique Alexander s’adresse au problème
très répandu du mauvais usage habituel
de soi. Parce qu’Alexander était en avance
sur son temps et que ses théories commencent
seulement à être prises au sérieux,
la plupart des gens, y compris parmi les professionnels
de la santé et du sport, n’ont aucune idée
qu’ils s’utilisent mal eux-mêmes et
par conséquent ne se rendent pas compte à
quel point le mauvais usage d’eux-mêmes
affecte directement leur fonctionnement général.
La Technique Alexander nous donne le moyen de démonter
ce mauvais usage habituel et de rétablir un usage
optimal de nos systèmes neuro-musculo-squelettiques
et des mécanismes posturaux qui les sous-tendent.
On ne peut sous-estimer les bénéfices
pour l’ensemble du Soi - y compris le fonctionnement
mental, émotionnel et physique - qui accompagnent
un meilleur usage de soi.
Beaucoup de gens avec des douleurs dorsales chroniques,
des maux de têtes, des problèmes aux articulations,
au cou et aux épaules, entre autres, sont intéressés
par la Technique Alexander parce qu’ils ont entendu
qu’elle les ‘guérissait’. Malheureusement
– ironie du sort - parce que ces troubles tendent
à disparaître avec l’amélioration
de l’usage de soi, la Technique est vue comme
une autre forme de traitement pour des souffrances physiques.
Il y a presqu’un siècle, Alexander réfléchit
sérieusement au nom à donner à
sa méthode. Il choisit le mot ‘technique’
- ‘une technique de rééducation
psycho-physique’ - plutôt que thérapie,
parce qu’il ne voulait pas que les gens viennent
chez lui en tant que patients espérant qu’il
les débarrasserait de leurs problèmes
physiques. Comme il le percevait, beaucoup de problèmes
physiques étaient la conséquence d’un
problème d’une dimension plus grande, un
problème d’usage de soi. Le mauvais usage
de soi conduit inévitablement au mal de dos et
à une mauvaise posture, mais il affecte aussi
des choses moins tangibles comme la joie et l’enthousiasme
pour la vie qui sont si importantes pour notre bien-être
et notre développement.
Quand on insiste sur l’aspect physique des complaintes,
les parties concernées sont isolées, et
on essaie de les traiter aussi vite que possible par
intervention locale – sous forme de manipulation
ou par médication. Ce qui doit être compris,
c’est que cette approche ne changera pas les conditions
qui ont produit le problème. A moins d’améliorer
et de changer l’usage de soi, le même état
reviendra. Ce dont la personne a besoin est un changement
de son état général.
C’est en cela que la Technique Alexander est
différente de toute autre approche. Elle vous
permettra de reconstruire votre ‘usage de vous-mêmes’
et de rétablir un fonctionnement optimal de vos
mécanismes posturaux. Les mauvaises conditions
qui ont produit le problème en premier lieu vont
progressivement disparaître. Mais de tels changements
n’arrivent pas du jour au lendemain. Ils exigent
du temps et votre participation. Quand vous aurez appris
à reconnaître les habitudes inconscientes
qui ont conduit au mauvais fonctionnement de vos mécanismes
posturaux, vous découvrirez des possibilités
d’aisance de mouvement dont vous ne soupçonniez
pas la possibilité. Les conséquences douloureuses
de votre mauvais usage disparaîtront.
La plupart des gens peuvent faire des changements
basiques en quelques 20 leçons, sur une période
de quelques mois. Idéalement la première
moitié de ces leçons devrait être
peu espacée pour garder les acquis, renforcer
l’apprentissage et empêcher les anciennes
mauvaises habitudes de se réinstaller. Ensuite,
en acquérant plus d’expertise dans l’art
de gérer ses progrès, les leçons
peuvent être plus espacées. Il est utile
d’avoir en tête des leçons occasionnelles
de rappel après la fin de la série initiale
de leçons. Quand vous pensez que pour la plupart
d’entre nous le renforcement de nos mauvaises
habitudes s’étale sur plusieurs décennies,
la capacité de nos corps à changer et
à se réorganiser posturalement, après
stimulation appropriée, est plutôt remarquable.
Une série de leçons Alexander étalées
sur une année est comparativement économique
et l’investissement dans la prévention
réduit considérablement le coût
des soins de santé. Si les étudiants en
musique pouvaient bénéficier de leçons
Alexander au cours de leur formation, comme il est devenu
courant maintenant en Europe et aux Etats-Unis, les
désordres musculo-squelettiques ne seraient pas
si fréquents et la confiance et l’habileté
des étudiants s’améliorerait notablement.
Cela s’applique également aux sportifs
et au nombre grandissant d’utilisateurs d’ordinateurs
qui restent longtemps assis devant leurs écrans.
Il n’y a aucune obligation à s’engager
pour une série complète de leçons.
Vous pouvez suivre quelques leçons pour essayer
si la méthode vous convient, mais ne pensez pas
pouvoir en définir les effets sur vous avant
une dizaine de leçons. Certaines personnes remarquent
une certaine amélioration immédiatement ;
mais les changements et bénéfices plus
profonds arrivent graduellement, les leçons profitant
les unes aux autres. C’est ce processus rééducatif
qui conduit à la transformation par l’apprentissage.
Il est donc important de dépasser l’attitude
qui consiste à rechercher le remède rapide
ou la solution miracle et de voir la Technique Alexander
plutôt comme un investissement que vous faites
pour votre futur.
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Section 8 - Au sujet de l’auteur
Meredith Page, l’auteur de ces articles, fut
formée par Walter et Dilys Carrington à
Londres et obtint son diplôme de Professeur de
la Technique Alexander en 1978. Elle resta une dizaine
d’années encore auprès des Carrington
en tant que formatrice assistante. Elle a enseigné
la Technique Alexander pendant 25 ans et a pratiqué
dans trois pays différents. Plus récemment
elle a atteint le statut de championne dans son sport :
le ‘clay target shooting’. Elle partage
son temps entre une pratique privée et l’enseignement
de la Technique dans des institutions pédagogiques.
www.ate.org.au
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