Notes sur la voix

par Renaude Gosset

Si on veut bien admettre qu’un son de voix se produit sous l’influence d’un stimulus qui est l’évocation mentale de ce son et que tous les phénomènes physiques concourant à sa production sont du domaine de l’automatisme, nous devons bien en conclure que notre seul travail pertinent est de ne pas gêner ces phénomènes.

Or, quand il s’agit du son chanté, nous croyons que nous pouvons ou même que nous devons le produire en intervenant avec des manœuvres physiques décidées par une élaboration théorique de la production du son, manœuvres qui tendraient à se substituer à celles qui existent déjà en réponse au stimulus.

Nous admettrons volontiers que dans la voix parlée nous n’avons recours à aucune manœuvre physique décidée et volontairement mise en œuvre : nous pensons et ça parle.

Si nous n’arrivons pas à l’admettre en ce qui concerne la voix chantée c’est qu’elle sollicite une élasticité tissulaire plus grande que celle nécessitée par la voix parlée et que nous n’y sommes généralement pas disponibles. C’est-à-dire que les relations du larynx avec ce qui l’entoure, les détentes et les contractions de ce qu’on appelle les muscles extrinsèques du larynx doivent gagner en amplitude et que s’il parvient au cerveau un message “élasticité impossible”, la réaction va être de produire volontairement par des actions spécifiques ce qui ne parvient pas à se produire spontanément.

Or, si le fonctionnement de la voix ne dépend que de la disponibilité des tissus à se prêter aux conséquences réflexes d’un stimulus, c’est cette disponibilité qu’il s’agit d’augmenter : celle du diaphragme et du tissu du pharynx, ce dernier étant un partenaire essentiel du larynx, de la langue et du palais en ce qui concerne le niveau interne d’une part et la disponibilité du tissu de la tête du cou et du dos en ce qui concerne le niveau périphérique d’autre part.

Mais ils ne sont pas seuls en cause, car il n’y a de fonctionnement satisfaisant que dans la prise en compte de la continuité tissulaire générale. La peau représente bien cette continuité, surtout si on se rappelle que tous les tissus internes sont liés à elle et que, d’autre part, elle est la frontière entre ce qui est nous et ce qui n’est pas nous. C’est dire que la stimulation de sa vitalité, la prise de conscience de sa présence joue sur les deux versants de l’être vivant: le psychique et le corps. Elle cerne l’étendue matérielle de l’être et elle est un support imaginaire (au sens de constitution de l’image de soi).

Le mouvement du souffle est lui aussi un auxiliaire de cette disponibilité tissulaire et il suffit généralement d’en décrire exactement le territoire de circulation, de déceler les théories inconscientes qu’a une personne à propos de ce territoire (il suffit de la regarder fonctionner) pour que l’expansion normale et automatique survienne. Rien n’interdit de penser que les tissus internes qui sont les bords de ce territoire soient en continuité avec la peau elle-même et cela aura le mérite de ne pas séparer l’interne et l’externe et de pouvoir au contraire les vivre (psychiquement) et les laisser vivre (physiquement).

Aborder ainsi les choses nous aura fait gagner beaucoup de terrain sur les segmentations destructrices du fonctionnement autant que sur la conception classique de l’action qui voudrait que nous ordonnancions “le corps” comme s’il était “en kit” et que nous ne fassions aucune confiance à ses qualités et talents intrinsèques.


Avec l’aimable autorisation de Renaude Gosset
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