La Technique Alexander et le musicien

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On peut dire que le professeur de Technique Alexander apprend au musicien à s’accorder lui-même avant d’approcher son instrument et à le rester pendant qu’il joue.

Des musiciens de tous les niveaux et de tous les styles ont trouvé dans la Technique Alexander un outil de perfectionnement inestimable.

Sur le plan purement corporel, le fait de jouer d’un instrument de musique implique de faire certains mouvements qui, quoique plus complexes dans leur exécution, ne sont pas foncièrement différents des mouvements des bras, des mains et des doigts nécessaires pour d’autres activités non musicales.

Les mouvements exécutés par le musicien sont complexes effectivement, mais pas compliqués si nous les décomposons, et peuvent être appris même par un corps excessivement tendu, en acceptant le prix à payer ultérieurement. Car, à la longue, ces tensions excessives de certains groupes musculaires génèrent des difficultés et des douleurs par les répétitions interminables des mêmes mouvements. Ces tensions excessives deviennent partie intégrante de tout mouvement appris et il est difficile de s’en défaire car le musicien en devient inconscient. Il finit par ne plus avoir conscience que de l’inconfort et des difficultés qu’ils occasionnent.

Pour des raisons trop longues à analyser ici et souvent très personnelles, le musicien, comme beaucoup de monde non musicien, contracte inutilement et excessivement certains muscles avant de bouger, convaincu que cela l’aidera dans la précision et la qualité de son exécution. A tort, malheureusement, car le muscle travaille avec plus de précision s’il n’est pas excessivement contracté au préalable. La plupart de ses douleurs et de ses difficultés pendant les exécutions proviennent en fait surtout de la nécessité pour le musicien de s’adapter à ses possibilités posturales diminuées, plutôt que des exigences de l’activité d’exécution elle-même.

La Technique Alexander est une méthode de désapprentissage, pourrions-nous dire, plutôt que d’apprentissage, une recette pour apprendre à ne pas trop faire ou à éliminer le superflu, plutôt que de faire à tout prix ou d’ajouter nécessairement quelque chose à une exécution. De sorte que le professeur Alexander n’a pas besoin de savoir jouer de la flûte, du violon ou de tout autre instrument pour aider l’élève à débarrasser son jeu de ce qui gêne les mouvements physiologiques, dépendant chez tout le monde des mêmes schémas de coordination de base, et lui permettre ainsi d’améliorer la qualité de ses performances.

Entre l’intention de faire quelque chose et la transformation de cette intention en influx nerveux qui conduira à un mouvement, il existe un espace, un espace-temps, qui peut être comparé aux ordres donnés aux coureurs avant le départ : «à vos marques: prêts ? partez !» La Technique Alexander commence par observer l’espace, la préparation, parce que la qualité de notre préparation influence énormément le départ ou, en d’autres termes, la réponse au stimulus d’action, et influencera également le résultat final de l’action.

En gardant cet espace libre, on peut apprendre à l’occuper par une impulsion qui conduira vers un geste nouveau, libre du passé, un geste qui n’est pas une répétition, mais une création. Pour cela toute idée de faire, de faire trop, qui nous conduirait à répéter, devra disparaître.

Il en est de soi-même comme d’un instrument de musique, il y a des contraintes à respecter. Dans le cas du corps humain, il faut respecter certaines contraintes physiologiques concernant la relation libre entre le cou, la tête et le dos, qui sera la base du contrôle de tous le gestes nécessaires pour jouer d’un instrument. En d’autres termes, mieux l’on ‘jouera’ de soi, mieux l’on maîtrisera son jeu sur son intrument.

Le professeur de la Technique Alexander fournit à ses élèves les informations nécessaires à la préparation directement à leur sens kinesthésique par l’intermédiaire de ses mains. Sa formation lui permet de reconnaître les habitudes néfastes contenues dans leurs tensions musculaires et leur manière habituelle de se préparer. Ainsi les mains du professeur Alexander peuvent guider les élèves vers une expérience où ils cesseront progressivement d’interférer dans leurs mouvements et où le résultat pourra correspondre à leurs attentes avec beaucoup moins «d’efforts» que d’habitude.

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L’usage caractéristique que fait de ses mains le professeur Alexander est beaucoup plus efficace que les mots pour apprendre à l’élève à se préparer correctement pour le mouvement. En effet, si ce dernier essayait directement de se corriger pour mieux se tenir ou respirer correctement, il y a de fortes chances que sa «correction» ne ferait que renforcer les schémas déjà existants ou à en créer d’autres ailleurs pour compenser la correction elle-même. De même s’il essayait d’obéir à des instructions purement verbales, il serait totalement inconscient d’être en train d’utiliser les schémas mêmes qu’il veut changer pour apporter une correction.

Lorsque l’élève maîtrise suffisamment «le jeu de soi», il pourra essayer de s’utiliser pour faire les gestes qui produiront de la musique, sans tensions excessives incontrôlées.

Se sentir nerveux avant une prestation peut être considéré comme «normal», mais il ne fait aucun doute que nous nous sentirions plus heureux et plus confiants, et moins vidés après une prestation, si nous pouvions trouver le moyen non plus de nous sentir nerveux mais de nous sentir maîtres du moment et de ne plus être habités par des schémas de tension musculaire qui envahissent notre vie pendant plusieurs heures ou même plusieurs jours ou semaines avant d’avoir à prester devant l’œil ou l’oreille critique du public. Ici aussi la Technique Alexander peut nous aider à nous libérer de nos sentiments habituels, non pas en les attaquant directement, mais en leur permettant de se dissoudre car devenus inutiles pour accompagner une préparation neuromusculaire correcte sans aucun ajout parasite qui peut tellement influencer notre prestation.

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Plus d’info: Noemi Racine, Canada


Alexander Technique Brussels

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